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IT N°107 - Décembre 2002

Mon virus, mon sexe et moi...

Sexualité et VIH

publié le 1er décembre 2002 • par Eugène RAYESS

Depuis l’arrivée des multi-thérapies le séropo veut se réapproprier un avenir, une carrière, et bien évidemment une vie sexuelle. Pendant longtemps, lorsqu’on parlait des personnes vivant avec le VIH, on avait tendance à les voir comme des personnes n’ayant pas de sexualité ou une sexualité très difficile. Mais depuis l’arrivée des multi-thérapies et la disparition de l’horizon de la mort à court terme, beaucoup de changements se sont produits, et l’on envisage plus de choses en étant séropo : un avenir, une carrière, et bien évidemment une vie sexuelle.

Souvent, le fait d’être séronégatif (ou de le croire) fausse la perception et entraîne des idées plus ou moins « folkloriques » du point de vue de la personne infectée : « Je ne me protège pas avec un tel parce que si il a une sexualité c’est qu’il n’est pas séropo... ». Cette façon de voir fait que l’on prend des risques inutiles si l’on pense que le ou la partenaire ne peut pas être séropositif(ve). Et la question de la protection du couple séro-différent se pose et se posera toujours. Il est évident que vivre avec le VIH et avoir une sexualité ou réinvestir dans sa sexualité n’est pas simple.

La sexualité au cours de la consultation

Il est important que sexualité et prévention soient séparées, car, pendant longtemps, lorsqu’on parlait aux personnes infectées par le VIH, on ne parlait que de prévention (protégez-vous, protégez vos partenaires,...). Aujourd’hui au niveau de la prévention il faut changer de discours, aussi bien au niveau du médecin que celui du patient. Il ne suffit plus de parler de prévention de manière générale, mais il faut également laisser une place pour que la personne atteinte puisse aborder sa sexualité. Il est recommandé que, lors des consultations pour le VIH, cette question de la sexualité soit abordée par le médecin (et il est aussi souhaitable que celui-ci ait une formation de base en sexologie !), afin que, si des problèmes éventuels sont identifiés, la personne puisse être orientée vers une structure de prise en charge adaptée. Ce qui doit alerter les médecins par rapport à la sexualité masculine, c’est une baisse brutale des performances sexuelles, des difficultés d’érection ou une faible érection, des difficultés d’éjaculation, une baisse inexpliquée de la libido, une disparition des érections réflexes nocturnes et matinales. Chez la femme, c’est la survenue de douleurs lors des rapports sexuels et une baisse de l’intérêt pour les rapports sexuels. Quelquefois, cette "difficulté à exprimer ses difficultés" peut elle-même entraîner des comportements à risques, dus le plus souvent au ras-le-bol de son "handicap"...

Effet des médicaments ?

Actuellement, aucune étude ne permet de confirmer ou d’infirmer l’effet des médicaments anti-VIH sur la libido, l’érection et l’éjaculation ; il peut y avoir un lien mais il n’y a rien de prouvé à ce jour. Par contre, le lien est tout à fait possible avec certains traitements psychotropes, (anti-dépresseurs en particulier), et il faudra en tenir compte... Mais la relation sexualité / traitements antirétroviraux est à considérer de toute façon, et il n’est jamais inutile d’en parler : lorsqu’un homme est séropositif et prend depuis des années un traitement et constate une baisse de ses performances (il bande « mou », « faible », etc...), il a besoin d’être écouté et comprendre si c’est le traitement qui est à l’origine de ses troubles. Réinvestir sa sexualité alors qu’on a été longtemps malade, parler de sexualité en tenant compte de ce que les traitements et la maladie ont entraîné comme conséquences psychiques et physiques (lipodystrophies,...) a de quoi déstabiliser. Or les personnes qui se réinvestissent dans une sexualité ont parfois envie de la vivre comme ils l’on connue lorsqu’ils avaient 20 à 35 ans alors qu’ils en ont maintenant 40 ou 50 ! Il faut reconnaître que cela n’est pas forcément possible parce qu’on a pris de l’âge et qu’il ne faut pas obsessionnellement lier ce "déclin" avec le VIH (une érection à 50 ans n’est pas forcément comparable à celle que l’on avait à 30 ans...). Eh oui, il faut quelquefois savoir aussi faire son deuil de ses prouesses de jeunesse ! Il ne faut pas non plus trop attendre des produits qui aident à retrouver une vigueur perdue... Parfois le problème étant d’ordre psychologique, un traitement (on pense bien sûr au Viagra®, le plus utilisé) peut rassurer ou atténuer quelques difficultés passagères, mais il ne faut pas pour autant s’en rendre dépendant. Il vaut mieux essayer de comprendre ce qui ne va pas et traiter à la base le problème, plutôt que de prendre des traitements qui « soigneront » la forme, et pas le fond. Un problème dans un couple (plus de désir pour sa ou son partenaire) peut constituer un blocage pour la sexualité, et le fait de se doper au Viagra® pour satisfaire et combler ce manque ne résoudra pas le problème. Le Viagra® est une aide au désir ; s’il y a désir, il viendra le renforcer, mais il ne marche pas sans le mécanisme du désir...

Un passé à assumer...

Le fait de ne pas nier le rôle éventuel du traitement et d’en parler soulage et on se rend compte parfois que le problème existait bien avant l’infection et qu’il n’a pas débuté avec les traitements. En général, lorsqu’on refait l’histoire du début de sa vie sexuelle on s’aperçoit que tout n’a pas toujours été facile (surtout de découvrir son orientation homosexuelle) ; souvent bien des situations difficiles n’ont jamais été abordées, et cela laisse des séquelles. On ne peut pas non plus faire abstraction des conséquences psychologiques de l’infection à VIH. Ainsi, chez certains, le fait d’avoir été contaminé lors de relations sexuelles peut faire qu’inconsciemment, avoir un rapport sexuel renvoie à l’histoire de la contamination Si l’on vit avec une personne séronégative, c’est souvent plus problématique. L’un des moments-clé de l’acte sexuel comme par exemple l’éjaculation rappelle le moment où l’infection a eu lieu (même si c’est une relation protégée), avec souvent une culpabilisation en rapport avec le sperme (élément contaminant).

D’autres symptômes liés à la maladie ou aux médicaments, tels que la diarrhée, peuvent être humiliants et avoir des conséquences au quotidien et sur la vie sexuelle, avec une perte du désir sexuel ou des entraves à sa réalisation. Certaines autres maladies peuvent avoir un impact sur la sexualité (problèmes cardiaques, diabète,...).

Perception différente...

La personne infectée par le VIH vit également dans l’appréhension de la réaction du partenaire lors de l’annonce de sa séropositivité. Dans le mileu gay, l’apparence physique souvent induite par les lipo-atrophies du visage en particulier, renvoie à l’image caricaturale et aux « à priori » du début de l’épidémie (« les séropos sont maigres », etc...) ; cela a un impact sur la sexualité car le visage qui peut être un facteur de séduction devient paradoxalement facteur de stigmatisation. L’image qu’on a de soi devient moins désirable, et ceci a des conséquences évidentes sur la libido, tant masculine que féminine. Sur ce point de vue justement, la sexualité féminine est tout aussi problématique (voir encadré ci-contre). C’est un fait : la séropositivité ne se vit pas de la même façon chez les femmes que chez les hommes. Dans les consultations de sexologie, les femmes disent très souvent mettre une croix sur leur sexualité, et le vivent souvent assez mal. Aborder ces questions avec les femmes devrait se faire au quotidien lors du suivi, pour les aider à surmonter cette peur. Or le plus souvent, la sexualité d’une femme séropositive n’est abordée que dans le cadre de la maternité.

Dans les milieux plus défavorisés, certaines femmes, lors de l’annonce de leur séropositivité à leur partenaire ou à leur famille sont jetées à la rue ou sont victimes de maltraitances. Ceci est bien évidemment dû à la vulnérabilité économique, culturelle, sociale, et parfois religieuse de ces femmes. Pour conclure, il apparaît que la sexualité des séropositifs est complexe et souvent difficile. Apprendre à parler de sexualité même aux jeunes n’est pas inutile. Il faut également que chacun puisse arriver à investir sa sexualité sans complexes. Il est important pour cela de multiplier les lieux de consultation car, même si ce n’est pas une solution miracle, pouvoir en parler a le mérite de permettre de cerner les problèmes et envisager des solutions. Ainsi, lors des dépistages du VIH, le conseil pré-test et post-test bien conduit permet de mieux gérer le suivi et la réaction de la personne sur sa prise en charge et sur sa sexualité, ce qui ne se fait pas aussi systématiquement qu’on le devrait...

Cet article a été rédigé en s’inspirant d’une réunion « qualité de vie » organisée le 17 octobre 2002 sur le thême « VIH et sexualité » et animée par René Paul Leraton, consultant sexualité au kiosque info-sida, coordinateur de la ligne azur à Sida-Info Service.