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Général

Pierre, chemsexer: « Dans l’absolu, j’aimerais arrêter, mais… »

Le 13 novembre 2017

Source: hornetapp.com

Pierre* pensait qu’il avait de bons garde-fous pour ne pas se mettre au chemsex et devenir un « chemsexer ». D’une, s’il on excepte le poppers, il n’a jamais été un consommateur de drogue dans un cadre sexuel. De deux, le compagnon avec qui il est depuis plus de dix ans s’est mis au chemsex il y a quelques années, avec de forts effets négatifs sur sa vie. Et puis…

La première incartade date d’il y a trois ans. « La première fois que j’en ai consommé c’est lors d’un plan fétiche, raconte Pierre. J’ai pris du NRG-4 en sniff. Ca m’a permis de repousser mes limites. Le plan a duré longtemps, 7 ou 8h. » La descente a été violente et il a été échaudé, mais pour un temps seulement…
Car les incitations sont de plus en plus nombreuses. « Les chems ont commencé à apparaître de plus en plus pendant les plans se souvient-il. Je me sentais à l’écart. Il arrivait que des mecs avec qui j’étais en train de coucher arrêtent le plan parce que je n’en prenais pas. Moi je pensais que je pouvais aller vers des pratiques extrêmes. Mais j’ai compris après pourquoi les mecs ne voulaient pas continuer. »
Il finit par reprendre des produits, des cathinones [une nouvelle classe de produits de synthèse», en sniff, en parachute, ou en plug. L’injection (qu’on appelle « slam » dans le vocabulaire du chemsex) le rebute. « J’étais traumatisé par les piqûres. Je suis séropositif depuis mes 20 ans, et ma phobie des piqûres m’a conduit à me retrouver parfois dans des situations délicates, parce que j’évitais de prendre un traitement ou de faire mon suivi. » « J’étais du genre à me cacher les yeux quand on voyait une piqûre dans un film », ajoute-t-il. Et puis le fait d’avoir découvert que son compagnon slammait sur le tard le rend prudent. « On me l’a proposé plein de fois, j’ai toujours refusé. »

Du sniff à l’injection

Un événement va changer la donne. Début 2016, il fait un burn-out et quitte brutalement son travail: « Lorsqu’on prend des produits, on entre dans une parenthèse, on a l’impression que plus rien d’autre n’existe. Quand j’ai fait mon burn-out, j’ai eu besoin de ça. »
Lors d’un plan, un mec lui propose à nouveau une injection. « Il n’était pas pushy comme d’autres ont pu l’autre, il a juste proposé parce que lui le faisait. Si j’avais dit non, il n’aurait pas insisté », précise Pierre. Cette fois-ci pourtant, il ne refuse pas. « Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai dit oui ». « On dit que lorsque l’aiguille rentre, elle ne ressort jamais », dit Pierre. « C’est monté tout de suite. Le premier rush, si on ne l’a jamais fait, on ne sait pas ce que c’est. C’est une montée de chaleur dans la gorge. Tu te libères de toutes tes chaînes. Et tu ressens une grande excitation sexuelle.  » L’effet est d’autant plus fort quand l’autre vit la même expérience au même moment.
Dans le questionnaire Hornet, « Le chemsex et les gays » 8% des hommes qui déclaraient pratiquer le chemsex, prenaient les produits par injection. Pierre fait désormais partie de ceux-là.
Le mec lui propose de le refaire, mais il rate sa piqûre du premier et la phobie est toujours là.
Mais le souvenir de l’expérience reste. « J’étais au volant et j’y ai repensé. Le souvenir du rush était si fort que la sensation se recréait en moi », se rappelle Pierre.
Deux ou trois semaines plus tard, un voisin, plus âgé, vient chez lui. Il slamme et convainc Pierre en lui disant qu’il « sait bien piquer ».
« Au début, tu n’es que dans le positif », indique Pierre. « Tu te lâches avec tes partenaires. »

Les longues séances de chemsex créent une intimité entre les partenaires

Pour Pierre, le chemsex change aussi l’expérience du plan cul. « J’ai toujours une une vie sexuelle intense. Avec mon ami, on a toujours été en couple libre, donc les plans en dehors étaient des plans courts. Je n’étais pas du genre à discuter ou dire des trucs perso. J’étais cloisonné. » Avec le chemsex, les plans sont beaucoup plus longs. Ils peuvent durer plusieurs heures, voire plusieurs jours. « Il y a des reflux. Tu reprends du produit et ça repart. Tout ce temps crée une proximité avec les partenaires. Une intimité. »
Lors de l’événement Hornet Conversation, consacré au chemsex, le Docteur Philippe Batel, psychiatre et addictologue, a évoqué des patients chemsexers qui pouvaient se faire jusqu’à 90 injections en une session. Il n’avait jamais vu ça de toute sa carrière.
« Tu as toujours envie de recommencer », raconte Pierre. Contrairement à d’autres, il n’est pas branché par les plans en groupe. Il décrit des scènes où « les mecs slamment, reprennent du produit et beaucoup sont sur leur téléphone, à chercher d’autres mecs, à mater des films pornos. Beaucoup ne sont plus dans le plan sexe en lui-même ». Pour les chemsexers qui restent dans l’ambiance: « 80 à 90% des mecs sont passifs. Les actifs ne bandent plus, donc d’autres pratiques se développent, avec des godes notamment. »

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*Le prénom a été changé

Image de une par VladOrlov sur IStockPhoto

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