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VIH

SFLS 2017 : infos clés et impressions

Le 26 octobre 2017

Source: seronet.info

Le 18e congrès de la SFLS (Société française de lutte contre le sida) a traité de nombreux sujets lors des plénières comme des différentes sessions parallèles proposées les 19 et 20 octobre derniers. Des militant-e-s de AIDES vous livrent comptes-rendus, infos clefs et impressions.

Parcours de soins et traitement d’urgence (par Enzo)

La session sur les accidents d’exposition sexuelle ou au sang (AES) était l’occasion de présenter plus en détails les recommandations actualisées du groupe d’experts (rapport Morlat), mais aussi d’échanger sur les difficultés d’accès au traitement d’urgence.

Pour nourrir les débats, le professeur Enrique Casalino, chef de service à l’hôpital Bichat (AP-HP) à Paris, a décortiqué dans sa présentation les différentes étapes de la prise en charge aux urgences. Délais d’attente, accessibilité, méconnaissance du dispositif, confidentialité, jugement, suivi aléatoire des recommandations : la liste des difficultés fait consensus. Des difficultés qui ont un effet sans appel : les deux tiers des personnes accueillies pour un traitement d’urgence sont perdues de vue un mois plus tard. Au-delà de conseils de bonnes pratiques, le professeur Casalino a insisté sur la nécessité de créer des indicateurs d’évaluation (taux de nouveau recours aux AES, part d’orientation vers la PrEP, temps d’attente, etc.) : « Nous devons définir des objectifs de qualité, les évaluer, nous comparer entre nous pour nous améliorer chaque jour ». Il a également défendu la mise en place d’un logiciel d’aide à la décision pour les urgentistes confrontés à des demandes de traitements d’urgence.

Interrogé par Daniel Hilt, responsable de AIDES en région Centre-Val de Loire, le professeur Casalino s’est montré favorable à la délivrance communautaire d’un kit de démarrage (les premières prises de traitement d’urgence, en attendant un rendez-vous en infectiologie) : « Multiplier les propositions est un moyen de toucher les personnes, d’être plus efficace. Je suis partant pour évaluer cette proposition ».

La session s’est poursuivie avec la présentation du docteur Romain Palich, qui exerce à la Pitié Salpêtrière (AP-HP) à Paris. Il a présenté les premiers résultats d’une étude qualitative qu’il a menée à Toulouse auprès d’homosexuels vivant avec le VIH ayant eu recours au traitement d’urgence avant leur séroconversion. Treize entretiens ont été réalisés. Ils mettent en lumière les dysfonctionnements dans l’accueil (confidentialité, jugement), le suivi (effets indésirables), l’orientation (messages de prévention inadaptés) ainsi que leurs effets. Une expérience « traumatisante » ou pénible lors d’un premier recours au traitement d’urgence peut conduire au choix de ne plus y recourir, ou de n’y recourir qu’en cas de « gros risque ». Les échanges avec la salle se sont particulièrement attardés sur l’élargissement de la délivrance des premiers comprimés : chez le généraliste, par des acteurs communautaires, etc.

Ne réinventons pas l’eau chaude ! (par Christophe)

En fin de matinée, une session parallèle du deuxième jour du congrès de la SFLS proposait « d’explorer de nouvelles façons de communiquer, de décider ensemble, de concilier l’épanouissement des personnes et des organisations ». Tout un programme, pour un créneau d’une heure trente. Un seul intervenant : Laurent Van Ditzhuyzen (Université du nous). Il s’est présenté déterminé à nous voir, toutes et tous, casser les codes, et à nous voir sortir des architectures trop ordonnées, de modèle pyramidal, qui régissent notre quotidien. Pour lui, l’espoir d’un changement sociétal profond face au défi de la fin du sida, c’est travailler en coopération. Assis en rang d’oignons face à lui, personne ne réagit malgré son insistance et nous avons droit à la petite séance de respiration relaxante… debout, les bras le long du corps, les yeux fermés, etc.

J’avais le cul entre deux chaises. Pas physiquement, nous étions debout à ce moment là, mais parce que je m’étais engagé à rédiger une brève sur cet atelier, et on ne peut être à la fois témoin et acteur. Je ne pouvais donc pas proposer au groupe de déplacer le mobilier ou simplement quitter le lieu pour casser les codes. Quelques codes ont néanmoins été cassés. Un militant niçois de la lutte contre le sida a reconnu dans l’assistance le président du Corevih local, organisateur du congrès. En s’approchant, celui-ci allait tendre sa main pour le saluer mais le militant lui fit la bise. Est-ce une posture punk ou du copinage, nous ne le saurons jamais. Puis tout a été très vite. De piqures de rappel en portes ouvertes enfoncées, les bases ont été revisitées par Laurent Van Ditzhuyzen : le schéma dominant-dominé et le besoin fondamental de trouver une voie émancipatrice. Dissocier pouvoir de et pouvoir sur, la différence entre un point de vue et une vérité dans la façon de poser les choses. Ensuite, nous sommes allés sur le terrain de l’émotion et du pouvoir qu’elle peut prendre. Savoir accepter d’être cadré, se remettre en question, l’impossibilité de changer l’autre et de devoir faire avec, une gouvernance à la fois verticale et horizontale qui tient compte de l’humain en profondeur. Parmi le public, une personne a cité des modèles de gouvernance qui sortait déjà du schéma pyramidal, une autre a rappelé la publication d’un guide commun d’actions de promotion de la santé par l’Inpes, il y a quelques années, qui présente déjà des bases pour la mise en œuvre du travail en coopération, en tenant compte du savoir profane des personnes. Un guide qui permet de communiquer, de décider ensemble, de concilier l’épanouissement des personnes et des organisations. Puis la salle a enfin pu s’exprimer, chacun allant de son expérience, d’une quête, d’une solution.

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