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IT 132 - Janvier
Psychologie
publié le 1er janvier 2005
Pour beaucoup de nos contemporains, et pour les responsables en charge de la Santé Publique, l’infection à VIH est devenue une maladie chronique « comme une autre », dont il faut gérer les traitements et les complications éventuelles dans la durée, comme dans le cas d’un diabète par exemple. C’est négliger toute une part fondamentale de la réalité du VIH : celle des troubles psychologiques qui accompagnent cette maladie chez une très grande proportion des personnes atteintes, qu’ils soient préexistants, provoqués par le VIH lui même ou par les représentations mentales qui l’accompagnent (liées à la sexualité, à la problématique de la contamination passée et des risques futurs de contamination d’autrui) ou même induits par les traitements.
Pour beaucoup de nos contemporains, et pour les responsables en charge de la Santé Publique, l’infection à VIH est devenue une maladie chronique « comme une autre », dont il faut gérer les traitements et les complications éventuelles dans la durée, comme dans le cas d’un diabète par exemple. C’est négliger toute une part fondamentale de la réalité du VIH : celle des troubles psychologiques qui accompagnent cette maladie chez une très grande proportion des personnes atteintes, qu’ils soient préexistants, provoqués par le VIH lui même ou par les représentations mentales qui l’accompagnent (liées à la sexualité, à la problématique de la contamination passée et des risques futurs de contamination d’autrui) ou même induits par les traitements.
Une mauvaise prise en compte de ces problèmes, par méconnaissance, ou par manque de temps ou de moyens, est lourd de conséquences, non seulement pour la qualité de vie des personnes elles-mêmes, mais pour l’observance des traitements et donc pour le pronostic à long terme. Pour le médecin qui a face à lui un patient manifestant des troubles du comportement, il s’agit dans un premier temps de faire la part de ce qui pourrait venir du virus (le VIH atteint le système nerveux central dès les stades précoces de l’infection) et qui, dans ce cas, pourra très probablement être traité par des médicaments antirétroviraux efficaces, de ce qui est davantage de l’ordre du “psychologique” et de la difficulté à vivre de la personne, confrontée à ses propres questionnements sur sa vie et sa mort.
Cette distinction n’est pas facile à faire dans bien des cas, et les médecins qui prennent en charge des personnes atteintes par le VIH n’ont pas toujours reçu la formation ou acquis l’expérience qui leur permettrait une bonne prise en compte de ces problèmes. Par ailleurs le cloisonnement grandissant de services hospitaliers, le manque de temps, des psychiatres et psychologues en nombre insuffisant rendent la situation encore plus difficile.
Des signes objectifs...
Les troubles cognitifs [1] sont ceux qui touchent l’attention, la mémoire, l’intelligence, la capacité d’exécution de tâches complexes. Ils peuvent être mineurs ou faire partie de symptômes plus globaux et sévères témoignant d’une démence liée au VIH. Cette démence, ou une de ses variantes plus grave car peu sensible aux traitements, la leucoencéphalopathie multifocale diffuse, est observée beaucoup moins fréquemment qu’avant la mise à disposition de traitements antirétroviraux efficaces ; elle n’a pas pour autant disparu, car de nombreux diagnostics d’infection à VIH sont encore faits à un stade tardif de l’évolution.
Les troubles cognitifs peuvent se voir à tous les stades de la maladie (dans environ 10 à 40 % des cas selon les stades). Il n’est pas toujours facile de faire la part des choses, d’autant plus que l’on connaît mal la fréquence de ces troubles dans la population générale (après 65 ans, plus de 40 % des personnes en sont atteintes). Une autre difficulté réside dans la confusion possible avec les conséquences d’un état anxieux ou dépressif.
Insomnies
Les troubles du sommeil (insomnies) sont d’une grande fréquence. Dans la population générale, les femmes s’en plaignent plus souvent que les hommes, les personnes seules plus que celles qui vivent en couple ou en famille, et ils sont plus fréquents en cas de mauvaises conditions sociales ou de problèmes de santé... Rien d’étonnant par conséquent qu’on les observe si souvent chez les personnes atteintes du VIH, qui cumulent fréquemment plusieurs de ces handicaps. Les troubles du sommeil peuvent aussi témoigner d’un état dépressif, ou encore être la conséquence du traitement médicamenteux (Bactrim®, inhibiteurs nucléosidiques, interféron, Sustiva®).
Anxiété
Les troubles anxieux touchent 30 à 50 % des personnes atteintes par le VIH, et cela d’autant plus que la charge virale est élevée et que la maladie est ancienne. Là aussi, rien d’étonnant à cela quand on est atteint d’une maladie grave : ils se manifestent par une attention excessive anxieuse aux différentes situations rencontrées, une tendance à s’inquiéter de tout sans raison définie... Certains médicaments peuvent aussi être un facteur aggravant.
Depression
Les troubles de l’humeur sont le plus souvent un état dépressif. L’humeur se définit comme “une émotion pénétrante et soutenue qui colore la perception que l’on a du monde”. Le plus souvent la personne ne dit pas être déprimée, mais se plaint d’anxiété, d’insomnie, de fatigue. C’est au médecin, en se faisant au besoin aider par un psychologue ou un psychiatre, de décrypter la situation. La dépression est une maladie chronique avec des formes variées, qui touche entre 3 et 22 % de la population générale (sur une vie entière). Un véritable état dépressif se caractérise par l’apparition d’un comportement en rupture manifeste avec l’état antérieur, se prolongeant plus de quinze jours, avec idées noires, perte des sensations de plaisir et des envies, engendrant un état d’inhibition (blocage, perte des initiatives). La durée moyenne d’une dépression est d’environ six mois, avec possibilité de rémission suivie de rechute, ou même de guérison avec une récidive plus tardive. La prise en charge doit donc s’échelonner sur plusieurs années, avec un traitement antidépresseur prolongé. Le traitement d’attaque a pour but d’entraîner la rémission, il est suivi d’un traitement de consolidation puis de maintenance, visant à entraîner la guérison et la prévention des récidives. Une psycho-thérapie interpersonnelle [2] est également très utile au traitement.
Les états dépressifs sont deux fois plus fréquents chez la personne atteinte par le VIH que dans la population générale. Il faut être particulièrement vigilant quand il y a des symptômes d’anxiété prolongés, en dehors d’une réaction “normale” à une situation de stress, car le risque de dépression dans ce cas est multiplié par deux ou trois. La psychothérapie permet souvent d’éviter chez ces personnes le passage à un véritable état dépressif. Certains médicaments peuvent avoir une responsabilité propre (interféron utilisé dans le traitement des hépatites, Sustiva®) sur la dégradation de l’humeur (dépression, irritabilité).
La difficulté pour un praticien est de réévaluer régulièrement la situation en n’hésitant pas à se faire aider par un spécialiste. Cela a également pour but d’éviter les prescriptions abusives et prolongées de psychotropes, dans un pays qui est le plus gros consommateur au monde de ce type de médicaments. Il n’est en effet pas rare que la référence au traitement tienne ainsi lieu de diagnostic : on est “étiqueté” déprimé parce qu’on prend des antidépresseurs, alors que le diagnostic de départ n’a pas été validé et que ces médicaments sont de plus en plus prescrits pour soigner un mal [3]”. On peut ainsi noter qu’en France la courbe d’augmentation de la consommation de psychotropes est superposable à la courbe de diminution de la consommation d’alcool, l’une ou l’autre pouvant servir de “béquille” face aux difficultés de la vie.
Prise en charge
Dans le cas de l’infection à VIH, la prise en charge d’un patient manifestant des troubles psychologiques (ce qui est un cas très fréquent) doit donc être “pluridisciplinaire”. Parmi tous les partenaires impliqués (ou qui devraient l’être selon les cas), il ne faut pas négliger le cas particulier des comportements addictifs (opiacés, alcool) qui nécessitent une prise en charge spécialisée, hélas pas toujours disponible sur place ou quelquefois refusée par la personne. L’éducation à l’observance est essentielle d’autant plus qu’il y a des troubles cognitifs ou dépressifs : la dépression est un facteur reconnu de non-observance, de même que les troubles de l’attention, de la mémoire et les difficultés sociales. Quant aux facteurs sociaux eux-mêmes, ils sont aussi fondamentaux à prendre en charge par une aide spécialisée dans toute la mesure du possible, tant il est vrai qu’ils ont, eux aussi, une influence déterminante sur la santé psychique de l’individu.
Les années passant, le vieillissement, l’isolement, la lassitude de devoir composer avec un ennemi qu’on n’arrivera pas à vaincre rajoutent leurs difficultés propres. C’est donc tout au long de ce long parcours que font ensemble la personne atteinte par le VIH et son thérapeute que les actions d’aide doivent être réévaluées et adaptées.
Cet article est largement inspiré d’une communication d’Yves Edel (Hôpital de la Pitié Salpétrière) lors du 1er atelier “Psychiatrie et VIH : du symptôme à la prise en charge” organisé par les Laboratoires BMS.