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IT 133 - Février 2005
Traitements
publié le 1er février 2005
Dans le monde de l’industrie pharmaceutique, la bataille pour la suprématie bat son plein. Et ce n’est pas nouveau...
Faute de réelle nouveauté à court terme, les laboratoires recyclent leurs molécules, modifient la galénique, regroupent leurs produits pour diminuer le nombre de prises, et font même parfois des alliances stratégiques.
Mais cela profite-t-il vraiment au patient ? Pas si sûr...
Mise sur le marché fin 2003, l’emtricitabine (Emtriva®), inhibiteur nucléosidique de la transcriptase inverse, fait jeu égal avec la lamivudine (Epivir®) dont il est proche par sa structure pharmacologique. Il n’a, par ailleurs, pas fait la preuve d’une réelle supériorité clinique par rapport au 3TC (Epivir®), un des antirétroviraux les plus anciens et les mieux connus de sa classe. Depuis le passage en ville d’Emtriva®, son coût est pratiquement le même que celui de l’Epivir® 300 (180,30 euros pour le premier et 181,58 euros pour le second).
Une étude présentée en octobre dernier (GS934) compare chez des patients naïfs de traitement l’association ténofovir (Viread®) + emtricitabine (Emtriva®) + efavirenz (Sustiva®) en une prise par jour avec l’association AZT/3TC (Combivir®) en deux fois par jour + efavirenz (Sustiva®) en une fois par jour. Cette étude est prévue pour durer 96 semaines et a pour objectif de vérifier la “non-infériorité” de la première association par rapport à la seconde. Il s’agit d’une méthodologie statistique de plus en plus utilisée : en effet, les traitements actuels étant de plus en plus puissants, il devient par conséquent de plus en plus difficile de démontrer une supériorité de l’un par rapport à l’autre...
Les résultats à 24 semaines sont en faveur de la première association, avec une meilleure réponse du bras contenant l’association Emtriva®/Viread®, dans l’analyse en “ITT” (intention de traiter), qui comptabilise les arrêts de traitements comme échecs. Il y en a eu davantage, dus aux effets secondaires, dans l’association contenant le Combivir®, ( le plus souvent anémies liées à la zidovudine), et aucun effet indésirable sur le rein n’a été noté.
Balance déséquilibrée
Les problèmes d’anémie observés dans l’association AZT/3TC était prévisibles. Ils restent en pratique courante relativement rares.
Par contre, tous les patients présentant un risque rénal ont été exclus de l’étude (le Viread® peut entraîner dans quelques rares cas une insuffisance rénale chez certains patients) ; la balance est donc un peu déséquilibrée dès le départ.
Dans l’analyse “sous traitement”, effectuée sur les patients prenant effectivement le traitement qui leur a été attribué au départ, l’efficacité virologique à 24 semaines est identique pour les deux associations : 99 et 98% de charge virale inférieure à 400 copies/ml respectivement dans chaque groupe.
Cette étude toujours en cours conforte le laboratoire dans sa volonté de faire tomber le Combivir® (cette association de molécules ayant largement prouvé son efficacité chez les patients naïfs de tout traitement) de son piédestal.
La nouvelle star ?
En effet, Emtriva®, copie presque conforme de l’Epivir®, associée à Viread®, le nucléotidique “superstar” de ces trois dernières années, a tout pour plaire. Il va d’ailleurs sortir en France durant le second semestre une combinaison des deux molécules sous le nom de Truavada®. De plus, pour le rendre encore plus attractif, le laboratoire vient de conclure une alliance inédite dans le milieu pharmaceutique des antirétroviraux : une “joint-venture” avec Bristol- Myers Squibb pour fabriquer un médicament comprenant l’association Emtriva®/Viread®/ Sustiva®, qui devrait être le premier traitement de l’infection à VIH en un comprimé par jour !
Que faut-il penser de toutes ces démarches marketing ? Il est vrai que la simplification des traitements antirétroviraux profite aux patients, par une amélioration de la qualité de vie. Un inconvénient potentiel est de “guider” la main des prescripteurs vers des associations standardisées, alors que d’autres, non commercialisées dans le même comprimé, auraient aussi besoin d’être évaluées. Mais ce que les personnes sous traitement demandent avant tout à l’industrie pharmaceutique, plus qu’une galénique simplifiée, ce sont des traitements novateurs, avec des effets secondaires limités. Peut-être avec l’apparition de nouvelles classes thérapeutiques ? Mais cela implique une recherche sur des terrains encore à défricher, et les laboratoires veulent aussi et surtout rentabiliser les molécules existantes qui sont une manne financière non négligeable...