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Édito

C’est le marché qui décide ...

IT 157 - Février 2007

publié le 1er février 2007 • par Odile VERGNOUX

Le choix d’un médicament, pour le traitement d’une infection grave, est un acte qui demande circonspection. Pour le médecin, il s’agit de choisir le bon moment, d’évaluer la motivation de son “partenaire-patient”, ses antécédents thérapeutiques éventuels, son mode de vie, les risques de résistance, d’effets indésirables.

Pour la personne traitée, c’est encore moins anodin : il lui faut se convaincre de la nécessité d’une bonne observance, surmonter une appréhension légitime, “gérer” les possibles effets indésirables précoces, comprendre, négocier un changement de traitement si celui qui a été choisi ne convient pas, ou si elle n’arrive pas à s’y adapter.

En amont de ce jour J, beaucoup d’évènements se sont déjà produits. Le médicament a fait la preuve de son efficacité, d’une tolérance acceptable, a obtenu un prix de remboursement : ce sont les Autorités de Santé (européenne et française) qui ont l’importante responsabilité de veiller à la régularité de ce processus.

Le médecin, dans sa prescription, est influencé par de nombreux facteurs : sa formation initiale, les congrès médicaux, les publications, ses confrères, et l’information médicale délivrée par les visiteurs médicaux, dont il ne faut pas se cacher qu’il s’agit de promotion.

Quel est en effet le but d’une entreprise pharmaceutique ? Vendre, ce qui est parfaitement légitime dans une économie de marché ; faire un profit, de préférence élevé, lutter contre la concurrence, avoir au final un bon “retour sur investissement”, des dividendes élevés pour ses actionnaires, des rémunérations attractives pour ses employés (ce qui permettra de garder les meilleurs).

Et les méthodes de marketing de l’industrie pharmaceutique ne sont pas fondamentalement différentes de celles utilisées pour vendre un paquet de lessive ou une crème de beauté.

Tout cela “fonctionne” assez bien, quand chacun reste dans son rôle et conscient des objectifs différents (parfois même antagonistes) des autres partenaires.

Mais l’équilibre peut être facilement rompu, si l’on cède trop facilement à la loi du marché. Aux Etats-Unis, la publicité sur les antirétroviraux directement vers le consommateur est autorisée depuis 1997, et ces dépenses publicitaires s’accroissent de 20% tous les ans.

Elle représente maintenant une fraction non négligeable du budget consacré à la recherche. Ce n’est pas par hasard. C’est ainsi qu’un patient, dans la rue, aura facilement l’œil attiré par une affiche où figure un superbe athlète, ou une femme d’affaires souriante et dynamique, vantant les mérites de tel ou tel antirétroviral, ou d’une prise unique par jour présentée comme l’avantage décisif du traitement.

L’Europe s’est gardée, jusqu’à présent, de tomber dans ces dérives. Mais les barrières sont en train de se fissurer, sous la pression d’un lobby pharmaceutique très influent.

La publicité à l’intention des malades est interdite pour les produits de prescription ? Qu’à cela ne tienne, on va la remplacer par des “programmes d’aide à la prise du médicament”, financés par les laboratoires… Ainsi la fidélisation du “client” sera largement favorisée : une entreprise très rentable, sachant qu’il est beaucoup moins coûteux de garder un client que d’en trouver un nouveau.

Croire que les laboratoires qui investissent dans ces programmes le font par motivation altruiste ou de santé publique est faire preuve d’une grande naïveté. Médecin et patient se retrouveront dans une situation où l’un et l’autre perdront une part de leur liberté de choix.

Beaucoup d’associations de patients, dont le TRT-5, Actions Traitements, de nombreux médecins, le collectif “Europe et Médicament”, la revue “Prescrire” (indépendante de l’industrie pharmaceutique) s’élèvent avec énergie contre cette dérive : elle ne pourrait que nuire à un choix raisonné des molécules, et à une bonne utilisation des ressources disponibles pour le financement de l’Assurance Maladie, déjà fort mises à mal par le coût exorbitant des antirétroviraux les plus récents.