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IT N°70/71 - Juillet/Août 1999

Le cancer, une complication fréquente du sida

Maladies opportunistes : Des études confirment que les sujets immunodéprimés ont un risque accru de cancer

publié le 1 تموز (يوليو) 1999 • بقلم Pierre-Jean LAMY

Que l’immunosuppression soit congénitale, induite par certains traitements postgreffes ou acquise comme pour le sida, elle augmente l’incidence des cancers. Les cancers développés ne sont pourtant pas tous les mêmes. Les sujets infectés par le VIH sont plus particulièrement prédisposés à certains, à un point tel que leur survenue constitue un critère d’entrée dans la maladie. Avec une espérance de vie augmentée, ils sont confrontés à un risque accru durant l’évolution de leur infection.

Des cellules hors contrôle immunitaire

Peut-être est-il nécessaire de rappeler que le cancer est une pathologie multifactorielle où interviennent l’hérédité, les facteurs de l’environnement (tabagisme, pollution), l’âge, le sexe et un ensemble de facteurs acquis comme la baisse de l’immunité. Le système immunitaire n’a pas pour seule fonction d’éliminer les éléments étrangers à l’organisme comme les bactéries, les champignons, les parasites ou les virus. Il est aussi chargé de détruire toute cellule déficiente aux mécanismes de reproduction déréglés, qui pourrait se révéler potentiellement cancéreuse. Défini comme une prolifération désordonnée et hors de tout contrôle de cellules qui, la plupart du temps, ne jouent plus leur rôle, le cancer se développe sur un terrain prédisposé en présence de facteurs déclenchants. L’état immunitaire d’un sujet est un des facteurs primordiaux du contrôle de l’apparition des cancers. ..

Des virus comme agents du cancer

.. Outre les pathologies infectieuses opportunistes, le virus du sida fait le lit de pathologies malignes [1] directement ou indirectement. La filiation entre le VIH et certains cancers est parfois bien connue comme dans le cas du sarcome de Kaposi. Mais il n’apparaît qu’à plus long terme : l’infection à VIH augmenterait le risque de développer des cancers non caractéristiques du sida.

Pour comprendre cette spécificité, il faut considérer l’interaction entre immunité, virus et agents carcinogènes [2]. Sarcome de Kaposi (SK) et lymphomes non hodgkiniens (LNH [3]) à lymphocytes B sont les cancers typiques liés au sida. Néanmoins, d’autres cancers sont retrouvés chez des séropositifs. Les relations de cause à effet entre cancers et VIH sont toutefois difficiles à établir parce que d’autres facteurs peuvent intervenir, qu’il soient comportementaux ou génétiques par exemple.

HHV8 et VIH : un couple cancérigène

Une étude épidémiologique publiée dans le Lancet du 20 Juin 1998 fait le point sur la question de la relation entre VIH et cancers. 90 000 dossiers médicaux de personnes séropositives ont été comparés aux dossiers de plus d’un million de personnes séronégatives ayant développé un cancer sur la même période. Ce gigantesque travail réalisé aux États-Unis a permis de définir le risque relatif (RR) qu’ont les personnes porteuses du VIH de développer tel ou tel cancer par rapport aux sujets non infectés. ..

.. Les résultats sont édifiants pour les cancers connus pour être en étroite liaison avec le virus du VIH. Le risque d’être atteint par un SK ou un LNH est respectivement 310 fois (RR=310 ) et 113 fois (RR=113) plus élevé chez les séropositifs au VIH que dans la population générale. On sait aujourd’hui que le virus HHV8, grâce à l’immunosuppression induite par VIH, est responsable du SK. Pour les LNH, le rôle d’un autre virus, le virus d’Epstein Barr, agissant en synergie avec VIH, pourrait expliquer l’augmentation du risque.

D’autres cancers liés au sida

Mais le résultat le plus original de cette étude est la mise en évidence de l’augmentation du risque de développer d’autres cancers. Le RR des angiosarcomes est de 36,7 et celui du cancer de l’anus est de 31,7. Des chiffres faramineux !

Moins spectaculaires mais tout aussi significatifs sont les RR de certaines leucémies (RR=11), de la maladie de Hodgkin (RR=7,6), des sarcomes des tissus mous (RR=7,2), des sarcomes épidermoïdes de localisations atypiques (RR=6,8). Les séropositifs ont encore 4,5 fois plus de plasmocytomes et de myélomes multiples, 3,5 fois plus de cancers du cerveau, 2,9 fois plus de cancers des testicules, 2,5 fois plus de cancers du poumon (de type adénocarcinome). En revanche, on ne relève pas d’excès de risque pour les cancers de la thyroïde, des os, de l’estomac, du colon, des reins, de la vessie, du pancréas...

On observe des différences extrêmement importantes en fonction du type de cancer. Le risque est aussi différent en fonction des phases de la maladie. Le cas du cancer de l’anus le montre bien. Le RR est de 15,1 dans la période asymptomatique pour doubler après passage à la maladie. D’autres facteurs indépendants du virus, comme le tabagisme par exemple, pourraient expliquer certaines augmentations. Il n’en demeure pas moins que le VIH est hautement cancérigène.

Un sujet informé en vaut deux

Une question se pose désormais. Cette activité cancérigène est-elle, comme on peut l’espérer, fonction de la réplication virale ? En d’autres termes, un traitement anti-VIH efficace permet-il de réduire les risques vis à vis de ces cancers ? Quoiqu’il en soit le problème de la prévention de ces cancers est crucial. Un sujet séropositif, en tant que sujet à risque pour ces cancers, ne doit-il pas bénéficier d’un suivi cancérologique préventif incluant les méthodes cliniques, d’imagerie et de biologie utilisées pour le diagnostic des cancers ?

Les cancers sont traditionnellement longs à apparaître. Les chiffres cités sont, au regard du recul que l’on a sur la maladie, suffisamment éloquents pour qu’on les prennent sérieusement en compte. Le sida, c’est aussi le cancer, qui est bien une maladie opportuniste chez les sidéens. Mais les spécialistes du sida ne sont pas cancérologues et les cancérologues ne connaissent pas nécessairement le sida. Qui va prendre en charge ces malades ?

L’article du Lancet [4] se terminait en substance sur l’idée que si l’on savait que cancer et immunodépression étaient liés, on sait maintenant que l’épidémie de sida soumet une large population au risque accru de certains cancers. Comme à chaque fois qu’un nouveau problème se pose, c’est aux militants et aux malades de secouer le (trop) pesant corps médical. Agir contre le cancer, c’est maintenant, parce qu’on le vaut bien.

Notes

[1] malin en gros, synonyme de cancéreux

[2] carcinogène capable d’induire le développement d’un cancer

[3] LNH ce que les séropos appellent communément "un lymphome", un cancer du système ganglionnaire

[4] Bibliographie : Spectrum of AIDS-associated malignant disorders, James. J. Gœdert et al. The Lancet, vol 351, pp.1833-1839, June 20,1998.

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