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publié le 10 décembre 2008 • par
Nouvelles-CATIE - Guérir le VIH – un défi de taille
L’infection au VIH occasionne une perte de cellules immunitaires importantes. De plus, sous l’effet du virus, le système immunitaire est graduellement amené à s’attaquer à lui-même. Après une dizaine d’années en moyenne, le corps perd la capacité de se défendre contre de nombreux types de germes pathogènes différents. Faute de traitement, des complications potentiellement mortelles peuvent se produire.
De nos jours, les traitements anti-VIH d’association, couramment appelés multithérapie ou trithérapie, sont fréquemment utilisés dans les pays à revenu élevé. Dans ces pays, les infections liées au sida sont moins nombreuses, du moins chez les personnes qui connaissent leur statut sérologique, qui font l’objet d’un suivi médical régulier et qui sont capables de tolérer et de suivre fidèlement leur traitement.
Les traitements anti-VIH suppriment très efficacement la production de nouvelles copies de VIH, de sorte que les niveaux de virus sont très faibles. Toutefois, malgré de nombreuses années de traitement, la multithérapie ne réussit jamais à guérir l’infection au VIH. Aussitôt le traitement interrompu, les niveaux de virus montent en flèche dans le sang et les tissus.
Malgré cette réalité difficile, plusieurs équipes de recherches dans différents pays n’ont pas perdu l’espoir d’éradiquer (guérir) un jour l’infection au VIH. Leur détermination à cet égard ne faiblit pas et ce, malgré les nombreux revers essuyés au cours des deux dernières décennies. Avant d’examiner des rapports récents qui parlent de prétendus remèdes curatifs contre le VIH/sida, il est important de revoir quelques-uns des obstacles qui se sont érigés sur ce chemin.
Le réservoir de cellules T Les chercheurs qui tentent de mettre au point un remède curatif contre le VIH se heurtent à une barrière de taille. Il semblerait que, peu importe le type de multithérapie utilisée ou sa durée, le VIH soit toujours présent dans les ganglions et les tissus lymphatiques situés dans les profondeurs du corps. Selon les estimations d’une équipe de virologistes, il se trouverait environ un million de cellules T CD4+ infectées dans le corps des personnes séropositives en multithérapie qui ont une très faible charge virale (moins de 50 copies/mL de sang). Des recherches récentes laissent croire que ce réservoir s’établit lors d’un stade précoce de l’infection au VIH, soit longtemps avant qu’une multithérapie ne soit amorcée.
Trouver et éradiquer toutes ces cellules infectées par le VIH représentent un défi de taille puisque seulement 2 % de toutes les copies du VIH se trouvent dans le sang. La vaste majorité d’entre elles se logent dans les ganglions et les tissus lymphatiques.
Au-delà des cellules T Les cellules T ne sont pas les seules cellules immunitaires dont la surface est dotée d’un récepteur CD4+, soit l’élément qui permet au VIH d’entrer dans les cellules et de les infecter. Ces autres cellules incluent les monocytes/macrophages, les cellules dendritiques et d’autres encore. Les médicaments anti-VIH agissent mal dans les macrophages, alors il est possible que ces derniers puissent servir de réservoir au VIH. Chose troublante, les macrophages se déplacent beaucoup dans le corps, entrant et sortant à sa guise d’organes comme le cerveau. Dans ce dernier, les macrophages sont protégés des effets des médicaments anti-VIH, puisque nombre de ces derniers ont de la difficulté à pénétrer dans le cerveau. De plus, le revêtement du cerveau contient de minuscules pompes qui chassent les composés étrangers – y compris plusieurs médicaments anti-VIH – dès qu’ils entrent dans le cerveau.
Latent, mais pas pour toujours Chez les personnes en multithérapie, le VIH se trouve dans des cellules CD4+ au repos situées dans les profondeurs des ganglions et des tissus lymphatiques. Une fois logé dans ces derniers, le virus demeure dormant jusqu’à ce que la cellule soit réveillée par un signal quelconque, telle la stimulation causée par une infection, une allergie ou un vaccin. Une fois la cellule stimulée, le VIH transforme celle-ci en une mini-usine à virus qui se met à fabriquer de nouvelles copies virales avant de mourir. La libération de nouveaux virus permet au VIH d’infecter de nouvelles cellules, ce qui contribue à soutenir la présence du virus dans le corps.
Charge virale « indétectable » - des bémols Dans les pays à revenu élevé, les tests que l’on utilise couramment pour évaluer la charge virale peuvent mesurer aussi peu que 40 à 60 copies/mL de sang, selon le test. Lorsque la charge virale est inférieure à ce niveau, certains tests permettent de détecter la présence du VIH mais il n’est pas possible de quantifier fiablement le nombre de virus. Souvent, lorsque la charge virale est inférieure au seuil de détection, on qualifie cette dernière d’« indétectable », ce qui donne l’impression que le VIH est absent. Il semble toutefois qu’un changement important se prépare à cet égard.
Des virologistes chevronnés aux États-Unis ont mis au point une épreuve très sensible qui permet de détecter et de quantifier une charge virale d’une seule copie. Les virologistes ont testé les échantillons de sang prélevés chez 130 participants à un essai clinique sur la multithérapie en utilisant ce nouveau test très sensible. La charge virale de toutes ces personnes était supprimée (c’est-à-dire inférieure au seuil de détection inférieur du test conventionnel) depuis une période allant jusqu’à 60 semaines.
Après avoir analysé les échantillons de sang, les chercheurs ont constaté que, en moyenne, la charge virale prétendument supprimée (selon le test conventionnel) de ces personnes était en réalité de 3 copies environ. Cela laisse croire que le VIH infectait de nouvelles cellules chez la plupart des participants et que celles-ci produisaient de nouvelles copies de VIH, quoiqu’en faibles quantités. Dans l’ensemble, environ 80 % des participants que l’on aurait considérés autrefois comme virologiquement supprimés produisaient encore des virus. L’équipe de recherche a observé que le fait d’utiliser un traitement à base d’inhibiteur de la protéase ou à base d’inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (INNTI) ne changeait rien à cette réalité.
Ensuite, comme les participants restaient dans l’essai clinique pendant plus de 60 semaines (et certains d’entre pendant jusqu’à deux ans), l’équipe a prélevé d’autres échantillons de sang et n’a observé aucun changement additionnel dans les charges virales. Autrement dit, même si le test conventionnel indiquait que ces personnes avaient une charge virale de moins de 50 copies, la nouvelle épreuve sensible découvrait un faible niveau de réplication virale.
L’équipe de virologistes a conclu que « peu de patients en multithérapie ont une charge virale indétectable si une épreuve suffisamment sensible est [utilisée]. »
Plusieurs autres équipes de recherche ont conclu que les combinaisons de médicaments utilisées à l’heure actuelle — peu importe leur puissance — ont peu de chances d’éradiquer ou de guérir le VIH. Une autre piste de recherche intéressante consisterait peut-être à chercher tous les différents réservoirs du VIH et à trouver un moyen de cibler le virus qui y est présent.
Dans le prochain article de Nouvelles-CATIE, nous parlons d’une démarche médicale populaire mais inefficace pour tenter de guérir l’infection au VIH : une radiothérapie et/ou chimiothérapie intensive accompagnée d’une greffe de moelle osseuse.
—Sean R. Hosein
RÉFÉRENCES :
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