Accueil du site » Revue de presse » Les patients VIH+ vieillissent-ils (...)

Attention L'actualité thérapeutique sur le VIH évolue rapidement, il se peut que l'article ci-dessous ne soit plus d'actualité. Merci de tenir compte en priorité des articles les plus récents.

Les patients VIH+ vieillissent-ils plus vite que la normale ? (Femmes&Sida, 14mai09)

publié le 14 mai 2009 • par ACTIONS TRAITEMENTS

Les données aujourd’hui disponibles montre clairement l’existence d’un vieillissement accéléré chez les patients infectés par le VIH. On observe actuellement chez les patients traités une fréquence croissante de comorbidités traditionnellement associées au vieillissement, mais qui surviennent sensiblement plus tôt que dans la population générale.

Ces comorbidités touchent, en particulier : le système nerveux central ; le système cardio-vasculaire ; le métabolisme, avec la survenue de dyslipidémies et de diabète ; l’os et les muscles. De plus, la fréquence des cancers ne définissant pas le sida est également augmentée par rapport à la population générale.

L’ANRS a mis en place en 2008 un groupe de travail sur la thématique du vieillissement. Sous la responsabilité du Pr Jacqueline Capeau (Inserm), ce groupe est chargé de déterminer l’ampleur de ce phénomène chez les patients infectés par le VIH, de définir un programme de recherches susceptibles d’améliorer les connaissances et d’identifier des modalités adaptées de prévention et de prise en charge. Un premier bilan des travaux de ce groupe est présenté pendant le 8ème Séminaire de recherche clinique sur le VIH de l’ANRS les 4 et 5 mai 2009.

Les troubles cognitifs et locomoteurs :

Les résultats préliminaires l’étude ANRS CogLoc qui vise à estimer la fréquence des troubles cognitifs et moteurs chez les personnes infectées par le VIH montrent : Une prévalence élevée des troubles cognitifs modérés : 24% des patients présentent des anomalies modérées à sévères sur au moins deux tests ; Une prévalence encore plus élevée des troubles locomoteurs et posturaux : plus de deux tests sont anormaux chez 34% des patients (n = 118).

Une analyse plus fine de ces données montre que la survenue des troubles cognitifs modérés est plus fréquente lorsque les patients : sont plus âgés ; sont professionnellement inactifs ou retraités ; ont un faible niveau d’étude ; sont au stade sida de l’infection par le VIH ; sont coinfectés par le virus de l’hépatite B. De plus, un nadir de CD4 bas est associé à une performance moins bonne aux tests de mémoire épisodique, des fonctions exécutives et de vitesse psychomotrice.

Le risque cardiovasculaire :

Le vieillissement cardiovasculaire se caractérise par une diminution du nombre de cellules musculaires cardiaques et des modifications qualitatives du collagène, induisant une augmentation de la masse cardiaque et de l’épaisseur de la paroi ventriculaire. Le vieillissement cardiaque se traduit également par une augmentation de la rigidité des artères et de la pression artérielle systolique. Chez les patients infectés par le VIH, le risque cardiovasculaire apparaît augmenté d’environ 15% à 20%. L’augmentation du risque s’avère plus prononcée chez les patients sous traitement antirétroviral, en particulier lorsque celui-ci comprend un inhibiteur de la protéase. Ce sur-risque s’ajoute aux autres facteurs de risque cardiovasculaire qui peuvent être également présents, tels qu’une dyslipidémie, un diabète ou un tabagisme actif, et qui doivent être pris en compte au cours du suivi des patients. Deux études de l’ANRS sur le risque cardiovasculaire chez les patients infectés par le VIH sont actuellement en cours : l’étude ANRS EP18 Atema et l’étude ANRS EP42 Chic.

Ostéoporose et ostéopénie :

Le vieillissement osseux se traduit par une réduction de la densité minérale osseuse (ostéopénie, puis ostéoporose) et par la diminution de la résistance mécanique de l’os. Différentes études ont montré que la prévalence de l’ostéoporose est plus élevée chez les personnes infectées par le VIH. Ainsi, les résultats récemment publiés dans la revue AIDS d’une sous-étude de l’essai ANRS 121 Hippocampe montrent que chez des patients naïfs de tout traitement antirétroviral, 31% présentent une baisse de leur densité minérale osseuse et 3% une ostéoporose. Un an après la mise sous traitement antirétroviral, il a été constaté une diminution significative de la densité minérale osseuse chez les patients suivis ; cette baisse est d’ampleur similaire à la diminution annuelle observée chez les femmes ménopausées. De plus, elle s’avère plus prononcée lorsque le traitement antirétroviral comprend un inhibiteur de la protéase. Ces constatations ont conduit l’ANRS à lancer un essai, ANRS 120 Fosivir, qui évalue contre placebo un traitement de l’ostéoporose (l’alendronate) chez des personnes infectées par le VIH. Cet essai doit s’achever courant 2009.

Pourquoi ces patients VIH+ vieillissent-ils plus vite que la normale ?

Les mécanismes de survenue de ce phénomène ne sont pas encore clairement établis. Il est probable que les causes soient multifactorielles et que les comorbidités constatées soient associées à des mécanismes en partie différents. Les travaux réalisés jusqu’à présent permettent de proposer au moins trois hypothèses :

le VIH : l’état inflammatoire à bas grade induit par l’infection virale, même lorsqu’elle est contrôlée par les antirétroviraux, peut expliquer la survenue de certaines comorbidités. De plus, les cellules infectées par le VIH libèrent non seulement des virions mais aussi des protéines virales qui pourraient être elles-mêmes « agressives » pour les cellules de différents tissus, en particulier l’os, la paroi artérielle, le cerveau, le foie et le tissu adipeux, entraînant un dysfonctionnement progressif de ces tissus. La présence de réservoirs de cellules infectées, y compris sous traitement antirétroviral efficace, pourrait contribuer à cet effet qui s’inscrit sur le long terme.

le système immunitaire : sous l’effet de l’infection par le VIH, il « s’épuise » progressivement et entre en sénescence. La capacité d’adaptation des mécanismes de l’immunité est diminuée. D’ailleurs les patients qui ont présenté un nadir bas de CD4 présentent plus fréquemment des comorbidités. Il paraît ainsi important que sous traitement les CD4 puissent être maintenus au-dessus de 500/mm3 chez l’adulte pour éviter une immunodépression sévère pouvant induire une immunosénescence plus rapide.

- les traitements antirétroviraux : certaines molécules antirétrovirales entraînent des effets indésirables, en particulier un stress oxydatif pour les cellules, une inflammation et une atteinte mitochondriale. Ceux-ci pourraient être à l’origine de comorbidités et d’un vieillissement accéléré. Il a également été montré que certains inhibiteurs de la protéase, le ritonavir notamment, provoquent la production et l’accumulation d’une protéine de sénescence, la pré-lamine A.

Pour les troubles cognitifs modérés, il est probable que ce soit l’infection par le VIH qui en soit la cause dominante. Ces troubles surviennent le plus souvent chez les patients qui ont présenté un nadir bas de CD4 et chez lesquels se sont donc probablement constitués des réservoirs de cellules infectées au niveau du cerveau. Sachant que ces réservoirs sont peu accessibles aux antirétroviraux, il est supposé qu’ils induisent un processus inflammatoire et une neurodégénérescence à bas bruit. _ L’infection virale est également la principale cause probable des troubles osseux, ceux-ci étant fréquents chez les patients naïfs de traitement. Mais ils sont aggravés par les traitements antirétroviraux. La conjonction des effets du virus et des antirétroviraux est aussi sans doute à l’origine des dysfonctions endothéliales responsables des troubles cardiovasculaires. Quant à la survenue des cancers, celle-ci est clairement liée à la sénescence du système immunitaire.

Conclusion

Dans le suivi des patients, le médecin devra inclure la détection des signes précoces de ces comorbidités, et inclure leur prévention et leur traitement dans la prise en charge. Le traitement antirétroviral devra être initié précocement afin notamment de prévenir ou limiter la constitution des réservoirs viraux. Enfin, l’ensemble de ces complications incite à renouveler les messages à l’attention des patients en faveur de l’activité physique, d’une alimentation équilibrée et d’un arrêt du tabac.

Voir en ligne :

8ème séminaire de recherche clinique sur le VIH - Vieillissement accéléré chez les patients infectés par le VIH ” ; ANRS

Vieillissement accéléré : le concept de fragilité peut-il être étendu au VIH ? ” ; Loïc Desquilbet, PhD ; Inserm UMR S 707 – Hôpital Saint Antoine, Paris