Actions Traitements

Accueil du site » Multimédia » En direct de... » En direct de l’EACS 2009 » Dépression oubliée

Les brèves de l’EACS 2009

Dépression oubliée

publié le 13 novembre 2009 • par Alain VOLNY-ANNE

Pas assez de vigilance sur la question de la dépression chez les infectiologues.

« Il faut reconnaître et prendre en compte la dépression et ses signes évocateurs » a expliqué M. Jordi Blanch, médecin catalan, lors de la première session consacrée aux complications et aux traitements de la conférence EACS. Lors de sa présentation, le Dr. Blanch relève que les signes évocateurs d’une dépression sont souvent et largement sous-estimés, aussi bien avant la mise sous traitement d’une personne séropositive que pendant ce traitement.

Á tous ceux qui pouvaient encore en douter dans la salle, il a illustré cette préoccupation avec quelques exemples de recherches ayant déjà démontré l’impact néfaste de la dépression sur les personnes séropositives.

Parmi elles, le suivi de la cohorte HERS de 765 femmes séropositives montre clairement une corrélation entre dépression et mortalité ; une autre enquête conclut que la dépression est un facteur important de non adhésion au traitement antirétroviral ; une étude rétrospective a évalué l’effet des antidépresseurs sur l’adhésion aux traitements chez plusieurs patients, qui s’est révélé positif (l’adhésion était meilleure que chez les patients déprimés sans antidépresseurs).

Quant aux suicides, eux aussi très fréquents chez les personnes séropositives, il semble que leur prévention – détection de leur probabilité à travers l’accumulation de facteurs bien connus comme l’âge (25 – 54 ans), une histoire de suicide dans la famille, des troubles neurocognitifs, l’alcoolisme et l’usage de drogues, ne soit pas le fort des cliniciens.

La décision de prescrire des antidépresseurs n’est pas facile, mais il existe des outils de référence comme la définition OMS de la dépression qui permet de mieux en reconnaître les signes. Au-delà de la définition de l’OMS, il est également essentiel que les cliniciens tiennent compte des effets indésirables de certains médicaments sur la santé mentale de leurs patients – pour ne citer qu’eux, l’interféron, l’AZT (dépression ou euphorie), l’efavirenz, effets parfois associés à des anomalies endocriniennes.

Autre message clé : ne jamais perdre de vue le risque d’interactions entre antidépresseurs et antirétroviraux, déjà démontré par certaines recherches. Dans les pays riches, les premiers sont assez nombreux pour permettre d’éviter ce problème.

Faisant suite à cet exposé, un autre chercheur espagnol a montré que la prévalence de symptômes de dépression et d’anxiété était forte parmi les 260 patients d’une étude, à l’instauration d’un traitement comportant un INNTI (nevirapine ou efavirenz), et que malgré ces signes, les produits avaient été prescrits sans différenciation aucune. Ainsi, contrairement à ce que son prédécesseur venait de recommander, la dépression et les autres troubles de la santé mentale n’avaient pas été pris en compte avant le traitement des patients.

Nous aurons l’occasion de revenir plus en détail sur cette présentation.