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IT N°69 - Juin 1999

Pour jeter le tabou aux orties

Sexologie 1

publié le 1er juin 1999 • par Pierre-Jean LAMY

Causes de l’impuissance, loin d’être toujours psychologiques, et recours possibles. L’impuissance masculine est un des problèmes rencontrés par certains séropos de longue date. Traitements, fatigue, dépression , stress ou virus, plusieurs facteurs peuvent en être la cause. Longtemps considérée exclusivement comme relevant du domaine psychologique, l’impuissance se révèle plus souvent organique qu’il n’y paraissait auparavant. Analyse détaillée de ce mal trop souvent tu qu’est l’impuissance.

Tu bandes ou tu ne bandes pas ?

Que la cause de l’impuisance soit mécanique ou psychologique, la dimension psychoaffective doit toujours être évaluée car elle peut modérer ou accentuer le problème. Cette intrication entre psychologique et somatique justifie la consultation d’une équipe spécialisée. Chaque problème rencontré est unique et nécessite un traitement particulier. Avec le VIH tout le monde n’est pas impuissant, même si de nombreux séropos se plaignent de problèmes sexuels. En dehors d’une action hypothétique directe du virus sur l’activité sexuelle, les traitements ou le stress psychologique sont des causes de défaillances sexuelles. Mais on peut rencontrer ces problèmes chez d’autres patients. C’est pourquoi nous ne parlerons pas de l’impuissance liée au VIH mais des impuissances en général.

Impuissant, c’est comment ?

Par définition l’impuissance recouvre toutes les défaillances de la sexualité, qu’il s’agisse du désir [1] ou de la réalisation de l’acte sexuel. Ainsi on distingue différentes formes d’impuissance : Les troubles de l’érection avec disparition totale ou partielle des érections. La persistance d’une érection matinale est en faveur d’un trouble psychologique, comme la détumescence [2] rapide de la verge qui signe souvent une anxiété.

Les troubles de l’éjaculation. Le plus fréquent est l’éjaculation précoce. L’éjaculation sans émission de sperme ou sans orgasme est rare et d’origine somatique (liée à des réactions psychologiques).

Les troubles du désir. Les causes indubitablement liées au psychisme peuvent être aussi secondaires à un refus de l’acte sexuel lié à une mauvaise qualité des rapports en raison de problèmes somatiques.

Les troubles de l’orgasme. Les phénomènes mécaniques, musculaires qui se produisent au cours de l’éjaculation sont perçus différemment selon les individus. Le plaisir, qui en est la conséquence, est subjectif et relève essentiellement du domaine psychologique.

Pourquoi ?

Les causes cardio-vasculaires. Le rôle de l’infarctus du myocarde, de l’hypertension artérielle, des atteintes des artères [3] ou des veines se comprend aisément quand on sait que bander c’est remplir le corps caverneux de la verge par du sang. Les problèmes de tuyaux et de pompes auront raison de la verdeur de plus d’un queutard. A ce titre le tabagisme est une cause essentielle de maladie cardio-vasculaire. Une bonne raison d’arrêter de fumer !

Les causes neurologiques sont diverses. Paraplégies, épilepsie et tumeurs peuvent entraîner l’impuissance. Le syndrome de la queue de cheval, accompagné de l’abolition du réflexe anal et de troubles sensitifs doit toujours être recherché lors d’une consultation pour impuissance. Les causes endocriniennes, peut-être les plus nombreuses. Diabète et alcoolisme, par exemple, sont très souvent liés à l’impuissance. L’hyperprolactinisme [4] est une cause classique diagnostiquée par un dosage simple de la prolactine dans le sang. L’hypogonadisme [5] représente une cause évidente de perturbation de la sexualité. Habituellement, la baisse de la testostéronémie à des taux inférieurs à 2 ng/ml s’accompagne d’une diminution de la libido. Mais il s’agit là d’une valeur repère sans aucune signification absolue. Des études ont montré que l’infection à VIH pouvait entraîner une diminution de la testostérone, comme beaucoup d’autres pathologies générales. Il faut savoir que le taux de testostérone circulant ne reflète pas réellement l’activité de l’hormone. La testostérone circule dans le plasma sous forme liée à des protéines. Seule la fraction libre est biologiquement active. On dispose aujourd’hui de dosages de cette fraction libre. On peut encore doser la testostérone biodisponible qui évaluerait le plus justement l’imprégnation androgénique. Tous ces dosages se font dans des laboratoires spécialisés sur prescription médicale. Les dosages d’autres hormones comme le SDHA [6] servent à explorer la production des androgènes par les corticosurrénales [7].

Les causes médicamenteuses De nombreux médicaments sont susceptibles d’entraîner des troubles sexuels. Les antihypertenseurs sont couramment incriminés puisqu’à l’instar du poppers ils entraînent une diminution de pression dans les vaisseaux et donc dans la verge. A moins de pression, verge plus molle. Les tranquillisants et neuroleptiques entraînent souvent une baisse de la libido. Les antidépresseurs ont des effets variés, certains étant utilisés pour traiter l’éjaculation précoce. Parmi les autres médications agissant défavorablement sur l’activité sexuelle, on peut citer les antiandrogènes, les anorexigènes et leurs cousins les amphétamines, metamphétamines et autres ecstasys, les hypolipémiants [8] de type clofibrate. Les antiVIH sont actuellement trop récents pour que l’on puisse affirmer avec certitude leur rôle dans l’impuissance. Mais lorsqu’on observe leurs effets secondaires, comme leur action sur le système endocrinien (troubles du métabolisme des lipides et des glucides) ou sur le système nerveux, on imagine facilement qu’ils peuvent avoir une implication sur l’activité sexuelle. A suivre. Enfin, et c’est peut-être la cause qui nous intéresse le plus, on sait que les maladies chroniques peuvent toutes être accompagnées ou suivies de troubles sexuels soit par un phénomène d’adaptation à l’intensité de l’atteinte de l’état général, soit par effet iatrogène [9], soit par le retentissement psychologique d’inquiétude crée par la maladie. Le cas du sida pourrait en être une illustration parfaite. Des causes psychologiques, nous ne parlerons pas. Non parce que certains manuels archaïques de psychiatrie citent encore les "perversions" comme des formes d’impuissances, puisque le pervers ne peut tirer jouissance que de situations perverses, mais parce que ce sujet, aussi profond que large, se perd dans la nébuleuse des pathologies psychiatriques et des illustrations poétiques qui leur sont liées. A débattre avec son psy.

Que faire ?

Les examens. L’examen clinique est la première étape pour préciser le type d’impuissance. L’interrogatoire du patient doit permettre de cerner les problèmes ressentis. L’appréciation du volume testiculaire ou la recherche d’une gynécomastie [10] sera complétée par un examen du système cardio-vasculaire. Plus complexe mais parfois nécessaire est la pléthysmographie pénienne nocturne ou en clair l’enregistrement des érections au cours du sommeil. Ces érections sont comme des entraînements de la verge. Les problèmes mécaniques peuvent retentir sur ces érections. Une cause vasculaire sera alors confirmée par un doppler qui mesure l’écoulement du sang dans les vaisseaux ou par des artériographies voire des cavernosographie qui sont des examens qui visualisent la circulation du sang dans la verge ! De bien belles images en perspective ! Des examens neurologiques simples et les dosages de la LH [11], de la testostérone [12] et de la prolactine [13] peuvent compléter le diagnostic.

Les traitements.

Les traitements sont aussi variés que les causes. Les aphrodisiaques de toute sorte n’ont pas réellement démontré leur efficacité à l’exception d’une molécule, le PCPA non utilisée chez l’homme. Les nitrites d’amyle ou de butyle (poppers) ont toutefois leurs adeptes. Les androgènes en dehors de tout hypogonadisme peuvent stimuler le désir. Les euphorisants comme l’alcool et la marijuana peuvent lever les inhibitions. Le Viagra agit directement sur la qualité de l’érection. Ce n’est pas un stimulant sexuel. Il est absolument contre indiqué en cas de problèmes cardio-vasculaires graves et en association avec le poppers. Il interagit aussi avec certaines molécules anti-VIH. A utiliser donc sous strict contrôle médical. La chirurgie peut apporter des réponses à certaines impuissances. Enfin les causes psychologiques sont à traiter avec votre gourou préféré par psychothérapie, psychanalyse (attention traitement long et coûteux), relaxation, sophrologie etc... Les troubles de la sexualité ont longtemps été situés hors du champ d’action médicale. De nouvelles molécules comme le Viagra, des méthodes d’investigations plus précises et surtout la levée des tabous sur le sexe ont fait de ce non dit qu’est l’impuissance une pathologie qui se soigne et se guérit le plus souvent. La "bandaison papa, ça ne se commande pas " est un refrain dépassé même s’il ne faut pas confondre bander avec le verbe être.

Notes

[1] Desir : libido

[2] Détumescence : débandaison

[3] Atteintes des artères : artériopathies

[4] hyperprolactinisme : production excessive d’androgènes

[5] hypogonadisme : diminution du fonctionnement des testicules

[6] SDHA :composé dérivé de la téstostérone

[7] corticosurrénales glandes secrétant les hormones mâles avec les testicules (androgènes)

[8] hypolipémiants : médicaments diminuant le taux de lipides dans le sang

[9] maladies iatrogène maladie induite par les médicaments ou les traitements

[10] Gynecomastie : pousse des seins

[11] LH hormone du cerveau qui induit la production de testostérone chez le mâle

[12] testostérone la principale hormone mâle

[13] prolactine hormone du cerveau en relation avec la reproduction