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Editorial

Pour un grand débat sur la tuberculose nationale

InfoTraitements N°194 - Mars 2010

publié le 1er mars 2010 • par Alain VOLNY-ANNE

L’an dernier, l’Institut national de Veille Sanitaire (InVS) signalait qu’en France les cas de tuberculose avaient augmenté de 5 % en 2007, comparativement à 2006, quand jusqu’alors ils avaient baissé ; et il incitait à une surveillance particulière des populations les plus exposées, dont les personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Il ne nous semble pas qu’il y ait eu trop d’agitation là-dessus. Pourtant, l’Organisation Mondiale de la Santé, très écoutée sur le thème porteur de prestige (flop !) du H1N1 par notre Ministre de la Santé, répète depuis plusieurs années “qu’un décès par tuberculose sur quatre est lié au VIH”. Mais au Ministère, à la radio, à la télé, chut ! À l’Élysée, conseillers qui savent et disent tout sur tout et Première Dame Ambassadrice du Fonds Global de lutte contre le sida, le paludisme et… la tuberculose… chut ! Surprise ? Non. “Populations les plus exposées à la tuberculose”, signifie principalement “migrants”, et à moins d’une envie vertigineuse d’un “grand” débat sur l’identité nationale, hypocritement annoncé comme non centré sur les immigrés (re-flop !), parler des migrants, et surtout de leur santé, revient pour nos autorités à jouer aux singes prétendument sages : rien vu, rien ouï, rien dit. Or une nouvelle étude nous dit que les nouveaux diagnostics de tuberculose chez les PVVIH en France ont doublé entre 1997 et 2008, et ajoute que les plus touchées parmi celles-ci sont les migrants (deux fois plus que les non migrants), qu’ils soient déjà suivis ou entrent dans les soins après un dépistage trop tardif du VIH. Surprise ? Non. La prise de conscience tardive de l’enjeu épidémiologique et économique du dépistage tardif n’a-t-elle pas entraîné des débuts de mesures ? La majorité des migrants ne vit-elle pas dans la précarité, voire dans l’insalubrité ? Et celles-ci ne font-elles pas bon ménage avec la tuberculose ? Alors que le Plan 2007-2009 [1] contre la tuberculose effleure le caractère aggravant de la précarité, le rapport de la Fondation Abbé Pierre sur le mal-logement [2] vient d’être publié, dont les données écœurent. Soudain, scrutin régional oblige, les “sages” voient, entendent, parlent : la Fondation aurait (presque) tout faux ! Ignorer les messages de la Fondation et ceux de l’étude détaillée en page 2 pourrait pourtant se révéler dangereux, la tuberculose, à l’instar du VIH, ne distinguant pas les migrants des non-migrants, séropositifs ou non. Ce n’est pas seulement avec des médicaments que l’on combat les épidémies. C’est aussi avec de la volonté politique. En Crocs roses ou non, la Ministre de la Santé nous a récemment montré qu’elle n’en manquait pas. Il faut juste veiller à ce qu’elle ne se trompe pas de cible.