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Tabac et VIH

Séropos, le tabac dévaste vos poumons

InfoTraitements N°196 - Mai 2010

publié le mars 2010 • par Alain VOLNY-ANNE

Actions Traitements est en campagne contre le tabagisme chez les personnes séropositives pour qui, nous ne nous lasserons pas de le répéter, il est plus dangereux que pour les fumeurs dans la population générale. Une étude française vient de renforcer notre détermination en démontrant le rôle majeur du tabac dans la fréquence des pneumonies bactériennes chez les PVVIH.

En décembre 2009, nous rapportions les résultats d’une sous-étude de l’essai SMART [1] qui avait montré le caractère aggravant du tabagisme, pour les risques de pneumonie bactérienne chez les personnes séropositives. Cette conséquence néfaste de la consommation de tabac fait l’objet de nouveaux avertissements – comme s’il en fallait encore – de chercheurs français qui viennent de publier une étude financée par l’ANRS [2].

J’ai fumé, je ne fume pas…

En rappel, la pneumonie bactérienne est une infection pulmonaire grave causée par des bactéries (dont le pneumocoque). Elle est une cause importante de morbidité et de mortalité chez les patients infectés par le VIH (5 % des causes de décès et 10% des causes d’hospitalisation). Et si, par rapport à elle, les bénéfices de l’arrêt du tabagisme étaient déjà documentés par quelques recherches, aucune de ces dernières n’avait eu pour objectif direct d’évaluer la fréquence de la pneumonie bactérienne en fonction du statut immunitaire. Cette lacune vient d’être comblée par des chercheurs de Bordeaux, dans la cohorte ANRS CO 3, dite cohorte Aquitaine.

Leur étude a été menée entre 2000 et 2007, sur plus de 3 300 patients séropositifs. Pour y être inclus, il fallait n’avoir pas eu de pneumonie bactérienne auparavant. Après un premier entretien, les patients ont été classés en trois catégories :

- fumeurs actuels

- non fumeurs

- anciens fumeurs (ayant arrêté de fumer du tabac depuis au moins un an). Je fume...

135 cas de pneumonie bactérienne ont été rapportés dans l’étude, soit 12 cas pour 1 000 patients suivis pendant une année. Comparativement aux fumeurs actuels, les anciens fumeurs comme les non fumeurs avaient deux fois moins de risques de développer une pneumonie. Par ailleurs, plus le nombre de CD4 était bas, plus le risque de développer une pneumonie bactérienne était élevé (déjà constaté dans SMART). L’effet positif de l’arrêt du tabagisme est cependant le même pour tous les patients, indépendamment de leur nombre de CD4.

Ces résultats viennent donc apporter des informations supplémentaires sur cette question, qu’il nous paraît impossible d’ignorer pour la prévention des pneumonies bactériennes chez les personnes séropositives.

Soulignons-les encore :

- après un an d’abstinence tabagique, le risque de développer une pneumonie diminue suffisamment pour atteindre un niveau comparable à celui qui est observé chez les patients séropositifs n’ayant jamais fumé.

- l’arrêt de la consommation de tabac est bénéfique, quel que soit l’état immunitaire de la personne (CD4).

Mais je PEUX arrêter...

Prendre des mesures après avoir révélé des faits concrets ne relève pas des prérogatives des chercheurs. C’est évidemment aux autorités sanitaires de le faire. Mais les associations ont aussi un rôle majeur d’information à jouer auprès de leur public, celui-là même dont vous, lecteur et fumeur assidu, et / ou ami d’une personne dans le même cas, faites partie.

Alors, si vous vous demandez aujourd’hui quelles pistes explorer pour mettre à profit les résultats présentés ici, voici quelques conseils :

- relire l’article “Stop Smoking” d’Info Traitements 191 (décembre 2009). Ces lignes publicitaires vous font sans doute sourire, mais en “lisant de plus près”, vous verrez combien les médecins qui témoignent de leur expérience en matière de sevrage tabagique pour leurs patients restent modestes devant la tâche que cela représente, et l’importance d’une réelle écoute du patient (peut-être plus que celle qui doit précéder la mise sous traitement anti-VIH)

- en suite logique du paragraphe précédent, ne pas craindre de parler à son médecin et, si besoin, le rencontrer pour ne discuter que du tabagisme

- se renseigner sur toutes les méthodes qui pourraient vous aider à stopper votre tabagisme

- ne pas hésiter à vous adresser à une consultation de tabacologie. À ce propos, pub oblige, la plupart des méthodes de sevrage tabagique, validées ou non, figurent dans notre brochure « Se libérer du tabac quand on est infecté par le VIH », disponible sur simple demande à Actions Traitements [3] et téléchargeable ici. De plus, elle est distribuée sur près de huit cents lieux (hôpitaux, pharmacies de ville, associations de santé, prisons, médecins généralistes). Nous envisageons aussi de la distribuer dans les établissements fréquentés par les gays, séropositifs ou non, dont on sait qu’ils y sont souvent consommateurs de tabac.

Pilule anti-tabac ?

La varénicline (Champix®) est une des méthodes envisageables. Son efficacité dans le sevrage tabagique est reconnue dans la population générale, mais elle n’a jamais été testée spécifiquement sur les personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Actions Traitements n’a pas pour habitude de promouvoir telle ou telle recherche. Mais l’exception confirme la règle, et après tout, nous menons campagne contre le tabagisme.

Une étude labellisée ANRS qui a débuté récemment, se donne pour objectif de répondre à la question de l’efficacité et de la tolérance de la varénicline chez les PVVIH qui fument (encadré), et nous vous encourageons à y participer si la possibilité vous en est offerte.

Le tabagisme accroît le risque des pneumonies bactériennes, mais aussi celui des cancers et des maladies cardiovasculaires. Et puis, si fumer est un plaisir pour certains, ne plus le faire rouvre la porte à d’autres plaisirs : saveurs oubliées, odeurs, forme physique, libido améliorée,…

ESSAI ANRS 144 INTER-ACTIV

Objectifs : Évaluer l’efficacité et les effets secondaires de la varénicline dans l’aide au sevrage tabagique chez les patients infectés par le VIH.

Méthode : Comparaison, en double-aveugle (Méthode de recherche selon laquelle ni le patient, ni le médecin ne savent quel produit est donné au patient), de deux groupes de patients (recevant la varénicline ou un placebo de ce produit).

Durée de participation : 48 semaines

Critères pour y participer : au moins 18 ans, VIH+, fumeurs (au moins 10 cigarettes par jour depuis un an ou plus), motivés pour arrêter de fumer, suivis régulièrement dans un service hospitalier participant à l’étude, bénéficiant de la Sécurité Sociale.

À noter qu’à la 24ème semaine de suivi, les patients qui échoueront dans le sevrage tabagique, en étant toujours motivés, sans avoir présenté d’effets indésirables graves au cours des 12 premières semaines de traitement, bénéficieront d’une 2ème phase de 12 semaines par varénicline, de la 25ème à la 37ème semaine.

Pour information, contacter le service du Dr Mercié au 05 56 79 58 28.

En rappel, pour participer à une recherche on DOIT signer un consentement éclairé (on consent à y participer après avoir été complètement informé sur l’étude (enjeux, méthodes etc.). À tout moment, on peut se retirer de l’étude, le consentement éclairé n’étant pas un engagement moral ou juridique du patient.

Notes

[1] Étude de comparaison de deux stratégies de traitement anti-VIH (a) arrêt du traitement dès la remontée des CD4 à un niveau donné, puis reprise sitôt une baisse amorcée (b) traitement continu. SMART a été interrompue en 2006 quand il a été constaté une fréquence de maladies plus élevée dans (a) que dans (b).

[2] Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites

[3] En appelant Emily Fleury au 01 43 67 20 60