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Ce que j’en pense
InfoTraitements N°208 - Juillet/Août 2011
publié le 24 août 2011 • par
De nombreuses personnalités, parmi lesquelles l’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, d’anciens et d’actuels chefs d’États et de gouvernements, et Michel Kazatchkine, le Directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ont présenté en juin 2011, un rapport publié par la Commission mondiale sur la politique des drogues qui a fait l’effet d’une bombe. En effet, ce rapport dresse un bilan catastrophique des dernières quarante années de “guerre à la drogue” lancée par les USA et des cinquante années écoulées depuis les conventions onusiennes sur les drogues. De quoi attrister celles et ceux à qui le mot “drogue” donne des frissons (mais pas les bons…) et chez qui, curieusement, les mots “tabac” ou “alcool” n’ont pas le même effet. Selon le rapport, la “guerre à la drogue” a coûté très cher sans empêcher la croissance, constante et sur le long terme, du commerce et de la consommation de drogues [1]. Le rapport propose aussi d’explorer d’autres solutions que la répression pour promouvoir la sécurité, la santé et la justice dans le monde. Par ailleurs, l’UNODC [2], habituellement très silencieuse en la matière, constate elle aussi les nombreuses retombées négatives des politiques répressives : menaces pour le développement, la sécurité, la santé publique, les droits humains ; augmentation de la stigmatisation et des discriminations, du crime, des budgets en milliards dépensés inutilement. Finalement les mêmes conséquences que celles de la tristement célèbre Prohibition de l’alcool aux USA dans les années 20 [3], mais plus longtemps et avec plus de dégâts que les œuvres d’Al Capone. Nous devons rendre hommage à ces femmes et à ces hommes qui ont osé remettre en question la “guerre à la drogue”. Rien ne les y obligeait, et leur position n’est pas facile à tenir, quand bien même elle s’appuie sur des évidences comme la dépénalisation des drogues au Portugal, qui a entraîné une réduction de leur consommation et une amélioration de la santé des consommateurs. En Suisse, la consommation “contrôlée” par les autorités a également des effets bénéfiques pour toute la société. Rappelons-nous aussi que la position de ces leaders d’opinion est en total accord avec la Déclaration de Vienne à laquelle Actions Traitements a adhéré en 2010. Finalement, inutile de s’appeler Kofi Annan pour militer, mais ça fait du bien de se sentir moins seul(e) !
[1] Le Monde, 2/6/2011 : « Selon des données de l’ONU, la consommation d’opiacés a augmenté de 35,5 % entre 1998 et 2008, celle de cocaïne de 27 % et celle de cannabis de 8,5 %. »
[2] Organisme des Nations-Unies en charge de la lutte contre la drogue et le crime
[3] Le livre noir de l’économie mondiale, par Moisés Naím, Grasset