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IT N°68 - Mai 1999

La glutamine, un acide aminé indispensable

Compléments nutritionnels

publié le 1er mai 1999

Plusieurs études soulignent l’intérêt de cette substance à divers stades de la séropositivité. Deux études récentes, l’une française [1], l’autre américaine [2], présentées à la Conférence Internationale de Chicago en février 1999, relancent l’intérêt sur la glutamine. Les auteurs américains montrent l’intérêt de la glutamine chez les patients très amaigris. L’équipe française a dosé l’ensemble des acides aminés, glutamine comprise, dans le sang des patients au stade sida.

Qu’est ce que la glutamine ?

c’est l’un des vingt et un acides aminés. Ils s’assemblent en chaîne pour former les protéines fabriquées par l’organisme et constituent les cheveux, les poils, les ongles, la peau et la majeure partie des muscles, du sang et des organes. La digestion scinde cette chaîne en libérant les acides aminés. Neuf acides aminés sont dits essentiels, car l’organisme ne peut pas les synthétiser et ils doivent donc impérativement être apportés par l’alimentation. Les autres, non essentiels, sont fabriqués par notre métabolisme. La glutamine est l’acide aminé le plus abondant de l’organisme, surtout dans les muscles. Elle est facilement métabolisée par les individus en bonne santé. Elle joue un rôle important dans le bon fonctionnement du foie et du système digestif. Parfois, des tissus hépatiques (du foie) endommagés, empêchent la synthèse et le renouvellement de la glutamine. De même, elle est aussi extrêmement importante pour le fonctionnement des intestins (Teran, 1995). La glutamine aide à dissocier les protéines pendant la digestion et à réparer les tissus endommagés. Elle est captée par les entérocytes (les cellules de la muqueuse intestinale) et oxydée ensuite, ce qui renforce l’ensemble. Compte tenu des dysfonctionnmements de ces organes chez les séropositifs, on est en droit de s’interroger sur la question de l’intérêt d’un apport supplémentaire de glutamine. La glutamine favorise la synthèse des protéines musculaires (Varnier, 1995) et sert aussi de carburant énergétique aux macrophages et aux lymphocytes (Hannigan, 1994).

Y a-t-il des déficits en glutamine dans l’infection à VIH ?

Le Dr. Shabert (Shabert 1996) a montré que l’organisme utilise constamment de grandes quantités de glutamine dans sa lutte pour contrôler le VIH. Elle en veut pour preuve la perte des tissus maigres qui ne sont plus stockés et qui font défaut aux muscles. Les taux de glutamine diminuent de 30 % au fur et à mesure de la progression de la maladie. (Althoff, 1989). Lymphocytes et macrophages utilisent de grandes quantités de glutamine même quand aucune infection n’est présente (Newsholme, 1985). Comme on pouvait le prévoir, la réplication du VIH dans la cellule induit une consommation presque complète du stock de glutamine. Simultanément, les besoins de l’organisme en glutamine augmentent au cours de l’infection. L’hyper-activation du système immunitaire aboutit à la surconsommation puis à l’épuisement chronique de l’ensemble des stocks de substances nutritives (European cytokines network, 1995). L’intestin a lui aussi besoin de glutamine pour que ses entérocytes fonctionnent efficacement et produisent les quantités prodigieuses d’ATP (molécule de stockage de l’énergie dans la cellule) qui leur sont nécessaires. Il est donc en déficit de glutamine alors même que les entérocytes sont souvent endommagés par les chimiothérapies antirétrovirales.

Les études en laboratoire, sur l’animal et sur l’homme

La prévention de certaines maladies ou de certains troubles pourrait être une autre propriété importante de la glutamine.

Des résultats obtenus chez l’animal Des souris infectées par des bactéries qui auraient du provoquer une septicémie ont été sauvées par une alimentation orale riche en glutamine (Gianotti, 1995). Des expériences chez le rat suggèrent un intérêt de la glutamine dans les pathologies tumorales(Inoue, 1995). La glutamine compense aussi les effets néfastes des hormones glucocorticoïdes qui peuvent réduire la masse musculaire : quand des rats soumis aux glucocorticoïdes reçoivent une alimentation riche en glutamine, les effets sur la masse musculaire de ces hormones sont neutralisés (Hickson, 1995).

Effet sur les anticorps secrétoires Un des acteurs importants de la défense immunitaire dans les intestins est une immunoglobuline (anticorps) secrétoire de la série A ou IgA, ou secretory immunoglobulin A (sIgA) en anglais. On la trouve aussi dans les systèmes respiratoire et génito-urinaire. Elle joue un rôle essentiel pour contrer une large gamme d’agents pathogènes. Une supplémentation en glutamine peut aider à stimuler la production de sIgA en vue d’une amélioration des défenses immunitaires des intestins pour empêcher les infections (Pastores, 1994 ; Souba, 1993). Une production adéquate de sIgA est cruciale pour la défense immunitaire du système génito-urinaire. Dans une étude portant sur des femmes séropositives, on a montré que les taux de sécrétion de sIgA sont brusquement réduits au cours de la progression de la maladie (Belec, 1995).

Action sur les effets secondaires des chimiothérapies Les personnes subissant une chimiothérapie massive avec radiothérapie, se retrouvent en aplasie médullaire (quasi disparition de toutes les lignées cellulaires du sang y compris les cellules immunitaires). Malgré l’hospitalisation en milieu aseptisé, elles développent souvent des syndromes infectieux. Il s’agit d’infections bactériennes contre lesquelles l’intestin peut lutter normalement, or, les chimios et les radiothérapies détruisent la muqueuse intestinale. Dans des études utilisant une supplémentation quotidienne de glutamine allant jusqu’à 40 grammes, on obtient un rétablissement de ces patients significativement plus rapide qu’avec la thérapie standard et en générant quelque 21,000 $ d’économies.

Intérêt potentiel dans les cryptosporidioses Certains auteurs proposent d’utiliser la glutamine à 40 grammes par jour associée à l’allicine (l’extrait d’ail) pour traiter la cryptosporidiose. La glutamine améliorerait les fonctions intestinales et l’allicine serait toxique pour le parasite, diarrhées et nausées devraient s’en trouver réduites. La glutamine rendra plus facile la prise d’allicine. Cela reste purement théorique, mais semblerait justifier un essai.

Autres données Des études, sur l’homme, ont donné des résultats clairs. Les victimes de brûlures graves ne peuvent pas s’alimenter normalement, il en résulte une perte de poids. Avec un régime enrichi en glutamine, le rétablissement est plus rapide. deux grammes de glutamine administrés dans certaines conditions alimentaires suscitent une élévation des bicarbonates dans le plasma, ce qui augmente les réserves alcalines, associée à une élévation des concentrations d’hormones de croissance (Welbourne, 1995). Cette donnée mériterait d’être plus amplement explorée quand on connaît le prix exhorbitant de l’hormone de croissance de Sérono.

Comment agit la glutamine ? La glutamine présente un intérêt dans au moins trois autres secteurs, rendant souhaitable la conduite de nouvelles études. Elle est aussi intéressante dans les problèmes de chachexie.

Glutamine et glutathion La glutamine est un des trois acides aminés constitutifs du glutathion, un important antioxydant. Elle doit se combiner à la cystéine lors de la synthèse du glutathion. Si vous avez toute la cystéine nécessaire, mais des stocks insuffisants de glutamine (que l’organisme épuise rapidement dans la lutte contre le VIH), vous serez incapable de produire les quantités requises de glutathion. Cela aidera aussi le foie dans son travail de détoxication médicamenteuse.

Glutamine et malabsorption intestinale Certaines parties des intestins des séropositifs sont altérées ce qui nuit à la digestion des aliments et au passage des nutriments dans le sang (Elia, 1992). Cette situation de malabsorption intestinale bien connue de l’infection à VIH s’améliore avec la glutamine qui peut également empêcher des agents pathogènes de trouver un point d’appui dans les intestins, ce qui peut favoriser le rétablissement et raccourcir les séjours à l’hôpital.

Glutamine et cachexie Droge et coll. formulent l’hypothèse qu’il y a deux étapes dans la cachexie accompagnant le cancer et le sida, où on voit une destruction particulièrement importante des tissus musculaires. La première étape, dite pré-cachectique, est décrite comme une traction, dans laquelle le foie requiert des apports en glutathion, et donc en glutamine, apports que l’organisme ne parvient plus à assurer. Dans la seconde phase, l’état de cachexie est décrit comme une poussée ; les tissus musculaires brûlent rapidement toutes leurs réserves d’acides aminés qu’ils utilisent comme source d’énergie. La glutamine n’est alors plus synthétisée. Ses taux sanguins et ceux d’autres acides aminés deviennent alors très bas (Droge, 1996). La supplémentation en glutamine permet donc de contribuer à la lutte contre la cachexie. ..

Questions en suspens et usage actuel de la glutamine

Les questions qui demeurent .. Quelle est la meilleure dose de glutamine ? Dans quelle mesure le dosage dépend-il de la condition physique de la personne ? La glutamine arrive-t-elle là où elle est nécessaire ? Permet elle d’augmenter les niveaux intracellulaires de glutathion, comme l’étude de Lowe semble l’escompter ? Les taux d’arginine, un autre acide aminé intéressant, sont-ils augmentés par le supplément en glutamine (Ziegler, 1990) ? t

L’usage de la glutamine par les séropositifs Des séropositifs utilisent la glutamine dans le but de lutter contre les diarrhées, la malabsorption due aux antirétroviraux, réduire les infections, augmenter l’absorption et diminuer les inflammations intestinales ce qui augmente la production de glutathion dans le tube digestif. Les doses sont très variables et vont de 1,5 g/j en prophylaxie, à plus de 30 g/j. Certaines personnes l’utilisent à une dose d’attaque allant jusqu’à 10 grammes/j pendant un mois à six semaines, et ensuite diminuent les doses de moitié. Les doses plus hautes, jusqu’à 30 g ou plus par jour, réparties en quatre ou cinq prises, sont utilisées pour reprendre de la masse maigre dans le cadre des fontes musculaires de la cachexie et contre les inflammations intestinales très sévères. Beaucoup mélangent leur poudre avec d’autres acides aminés et sels minéraux. Les personnes qui prennent des antiprotéases pourraient se supplémenter avec des doses modérées de glutamine pour prévenir les effets secondaires provoqués par ces médicaments sur le tube digestif. La glutamine permettrait de contrôler les diarrhées, et donc d’améliorer l’absorption des antiprotéases, comme de nombreux témoignages le laissent entendre, et ce, à des doses de 30 à 40 g/j à boire pendant une à deux semaines. L’utilisation de la glutamine est assez récente, cependant, elle fait souvent partie de formules de nutrition par perfusion dans les cas de dénutrition sévère et de cachexie. La forme en poudre est probablement la mieux absorbée, bien que les comprimés et les gélules soient aussi utiles. Les formes en poudre doivent être mélangées avec de l’eau ou des jus de fruit et consommées immédiatement. Les buyers clubs américains (voir Info-traitements n°67) vendent tous de la glutamine en comprimés de 500 mg ou en poudre pure à 100% et conditionnée selon des poids variables. La poudre se dissout rapidement dans l’eau. Les prix varient selon le poids ; 1 kg de glutamine, qui peut durer plus d’un an selon l’usage, coûte 67$. Dans la mesure du possible, il est important de prendre cet acide aminé trois fois par jour ou plus, avant et après les repas pour une absorption optimale. Enfin, il est difficile de trouver la glutamine en France à des prix raisonnables. Elle coûte cinq fois plus cher qu’aux Etats-Unis, mais l’Agence des Produits de Santé ne s’oppose pas à son importation sur le territoire français.

Mini glossaire Cryptosporidiose : Parasitose intestinale provoquée par Criptosporidium parvum. Ce parasite microscopique, présent dans les eaux souillées, provoque des diarrhées importantes dont il est difficile de se débarrasser même avec des antiparasitaires adaptés. Cette maladie ne survient qu’à un niveau d’immunité déjà très amoindri. Glutathion : Très petit peptide composé de trois acides aminés : la glutamine, la cystéine et la glycine. Il posséde d’importantes propriétés antioxydantes qui en font le détoxiquant majeur de nos cellules. Il est indispensable à de nombreuses fonctions immunitaires. La vitamine C permet de régénérer le glutathion et le zinc le protège. Cystéine : Acide aminé non essentiel précurseur du glutathion. On le trouve en France sous forme d’acétylcystéine, en comprimés de 200 mg, sous la marque Tixair®, destiné à fluidifier les secrétions bronchiques. Cachexie : État d’amaigrissement souvent très poussé avec une fonte de la masse musculaire. Le bouleversement du métabolisme gastro-intestinal induit par le sida est probablement un des facteurs les plus importants de cette maladie de la maigreur.

Notes

[1] Laurichesse H, et al. Threonine and Methionine are limiting amino acids for protein synthesis in patients with aids, American Society for Nutritional Science, 1998, 1342-1348. Les auteurs ont dosé tous les acides aminés dans le sang de patients au stade sida, y compris la glutamine. Nous reviendrons sur cette étude ultérieurement

[2] Singh G, et al, Improvement in immune status in wasting aids patients by providing muscle and immune tissue-specific nutrition, abstact 702, 1999, 6th Conference on retroviruses and opportunistic infections.