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L’abstinence comme réponse au sida, critiquée à la conférence d’Abuja (AFP, 09 12 2005)

publié le 9 décembre 2005

ABUJA (AFP) - L’abstinence sexuelle, présentée notamment par des groupes religieux américains comme la réponse ultime à la pandémie du sida, a été dénoncée comme irréaliste par des participants la 14e Conférence sur le sida en Afrique.

Ses détracteurs jugent qu’il s’agit d’un approche réductrice et dangereuse, qui, en excluant la promotion des préservatifs, présente un danger réel pour un continent qui regroupe deux tiers des personnes infectées dans le monde. L’héroïne de la lutte anti-apartheid Winnie Madikizela-Mandela a pourtant pris la défense de cette option : "Nous commençons à dire, en tant que mères en Afrique du Sud : il existe un remède au sida après tout. C’est un remède très simple, il s’appelle abstinence", a lancé jeudi l’ex-épouse de Nelson Mandela, provoquant un mélange d’applaudissements et de réactions indignées. Une jeune Zambienne a pris le micro pour exprimer sa déception à l’égard de celle qui fut surnommée "la Mère de la Nation", pour son courage face au régime raciste de l’apartheid. Une autre participante, Philomena Irene, 30 ans, s’est dit "surprise" de la position de Winnie Mandela. "Est-ce que l’abstinence est une proposition réaliste ? Non. Pourquoi ne pas l’admettre ?", a-t-elle expliqué à l’AFP, cnsidérant Winnie Mandela comme "déconnectée de ce qui se passe". L’écrivain nigérian Wole Soyinka a ironisé sur ceux qui prônent "l’abstinence, l’abstinence, l’abstinence" comme solution-miracle face à la pandémie. "Le sexe fait partie de la vie", a souligné le Prix Nobel de littérature, avant d’évoquer "l’appel de la chair, l’une de ces forces irrésistibles qui font tourner le monde". "Parfois, certains disent +attendez d’être mariés et vous aurez un partenaire pour la vie+. Nous savons tous très bien que c’est un scénario très rare", a-t-il noté, plaidant pour la "responsabilité individuelle", qui inclut "la capacité de savoir quand vous devez prendre des mesures préventives". Dans les allées du centre international de conférence d’Abuja, une poigné de manifestants portaient des panneaux sur lesquels ont pouvait lire : "L’abstinence est la réponse, pas les préservatifs". Nombre de religieux ont mêlé leur voix au débat, le plus souvent de manière modérée, à l’image de Michael Kelly, jésuite basé en Zambie, qui a prôné, dans un texte, "un choix responsable qui permette à chaque individu d’adopter le comportement le moins risqué possible". En marge de la conférence, une soixantaine d’ONG ont rendu publique une déclaration condamnant le programme américain PEPFAR (Plan d’aide d’urgence du président pour le VIH-sida), qui met l’accent sur "l’abstinence et la fidélité". Les signataires de ce texte regrettent que certains pays africains aient commencé à modifier leur approche face à la pandémie sous l’influence de cette "idéologie", influencée par les églises évangélistes américaines. Ils prennent l’exemple de l’Ouganda, où cette politique de l’administration Bush a, selon eux, récemment gagné du terrain "au détriment de la promotion universelle du préservatif". De nombreuses associations redoutent en outre que cette approche ne contribue à augmenter la stigmatisation, déjà très forte, qui pèse sur les personnes déjà touchées par la pandémie en Afrique (25,8 millions selon l’Onusida).