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AFRIQUE : L’abstinence n’est pas la réponse la plus efficace contre le VIH/Sida (IRIN, 12 12 2005)

publié le 12 كانون الأول (ديسمبر) 2005

N A T I O N S U N I E S
- Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA)
- Réseaux d’Information Régionaux Intégrés (IRIN)

ABUJA, le 12 décembre (IRIN) - Les Etats-Unis financent de plus en plus la lutte contre le VIH/SIDA en Afrique, mais la politique de prévention promue par les autorités américaines a des conséquences désastreuses sur les initiatives en cours, selon les activistes.

Dans le cadre du plan d’urgence pour la lutte contre le sida, financé à hauteur de 15 milliards de dollars par le président des Etats-Unis George Bush (Pepfar), quinze pays en développement vont bénéficier des programmes en faveur de l’accés aux traitements, de la prévention, des orphelins et des soins palliatifs.

Cependant, selon le Centre pour la santé et l’égalité entre les sexes (Change), une ONG basée aux Etats-Unis qui étudie l’impact des politiques américaines sur la santé et les droits des femmes et des jeunes filles des pays du sud, cette aide financière s’accompagne de conditionnalités d’ordre moral et remet en cause certains aspects de la prévention.

Ainsi, les programmes d’abstinence se taillent la part du lion alors que le budget accordé à l’approvisionnement et à la distribution de préservatifs «est au point mort et n’a pas reçu un dollar supplémentaire», a indiqué Jodi Jacobson, le directeur de Change, qui a analysé pendant trois ans l’impact du Pepfar en Afrique, en Asie et en Amérique du sud.

L’Ouganda fait marche arrière

Les conséquences de ce plan sont d’ores et déjà visibles en Ouganda, un pays qui avait réussi à mettre en place des stratégies de lutte contre le VIH/SIDA efficaces et qui désormais s’enlise dans la controverse.

L’Ouganda est parvenu à faire chuter le taux de prévalence du VIH/SIDA parmi sa population adulte de 30 pour cent au début des années 1990 à moins de six pour cent en 2004.

Ce succès est en grande partie due au président Yoweri Museveni, l’un des premiers hommes politiques à informer son peuple sur la nécessité de lutter contre l’épidémie qui ravage le continent.

Cependant, selon la militante ougandaise Beatrice Were, le changement de position du président Museveni face à l’utilisation des préservatifs et son plaidoyer en faveur de l’abstinence, comme moyen efficace de lutter contre la pandémie - un message qu’il a tenu lors de la Conférence internationale sur le sida de Bangkok, en Thaïlande, en 2004, a choqué les acteurs de la lutte contre le sida.

Dès lors, les plus importants responsables ougandais ont fait campagne contre l’utilisation des préservatifs, tout le pays se concentrant sur cet aspect de la réponse avec pour résultats la multiplication de messages encourageant l’abstinence et une baisse drastique des stocks de préservatifs.

L’Ouganda utilise entre 120 et 150 millions de préservatifs par an, mais seuls 32 millions ont été distribués depuis le mois d’octobre 2004, a indiqué Change.

Change a également souligné la montée en puissance de groupes évangéliques inexpérimentés, qui reçoivent un soutien financier de la part des Etats-Unis et qui tirent avantage de leur arrivée récente dans l’activisme en Ouganda.

Ces groupes de fondamentalistes religieux «ont déclenché une nouvelle vague de stigmatisation» qui ont entraîné de profondes divisions au sein des ONG de la lutte contre le sida.

«Avant la mise en place du Pepfar, nous avions les mêmes idées sur la question, mais maintenant nous sommes divisés», a affirmé Beatrice Were en marge de la 14e Conférence internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (Cisma), qui s’est tenue cette semaine à Abuja, au Nigeria.

Selon Jodi Jacobson, la plupart de ces organisations ont été créées à des fins religieuses et non pas de santé publique.

Un nouvel alphabet pour la prévention

Rolake Odetoyinbo, coordinatrice nationale du Mouvement pour l’accès au traitement au Nigeria (Tam), a demandé aux groupes religieux de mettre de côté leurs inclinaisons morales, s’interrogeant sur l’impact des programmes en faveur de l’abstinence.

En conseillant les jeunes d’attendre d’être mariés avant d’avoir des rapports sexuels, il est évident que les Etats-Unis se sont servis du mariage comme un moyen de lutter contre le sida, a déclaré Sharonann Lynch, le directeur de la politique internationale auprès de HealthGap, un syndicat basé aux Etats-Unis.

Cependant, selon Rolake Odetoyinbo, ces stratégies ont échoué. «En ce qui me concerne, moi une femme africaine, j’ai été contaminée dans le lit marital, alors que j’étais fidèle à mon mari», a confié la jeune femme à PlusNews.

A l’inverse, les préservatifs ont, eux, prouvé leur efficacité, a-t-elle ajouté.

Mme Odetoyinbo, qui est également membre du Mouvement panafricain pour l’accès au traitement (Patam), a souligné qu’il était temps de mettre en place un nouvel alphabet pour la prévention.

«A : il faut admettre que les gens ont des rapports sexuels. B : il faut faire preuve de réalisme. C : il faut laisser les personnes choisir. D : il faut retarder les premiers rapports sexuels. E : il faut délivrer une meilleure information et F : il faut encourager l’indépendance financière», a-t-elle détaillé.

Patam a publié une déclaration, exigeant que les gouvernements africains résistent à la pression exercée par les Etats-Unis et s’assurent que les programmes de lutte contre le VIH/SIDA encouragent une prévention intelligible pour les populations, via la promotion de l’accès aux préservatifs masculins et féminins.