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publié le 6 août 2008
(06 08 2008)
Actualités VIH : Mexico 2008
Le sexe séropositif est-il un crime ?
Le sexe est très présent dans cette conférence de Mexico. Par les sujets traités ici ou qui lui sont reliés, mais aussi par la présence visible de ce qu’on appelle les minorités sexuelles, en particulier les transgenres qui sont très nombreux. Les présentations sur la prostitution dans plusieurs pays sont également au programme. J’en retiens une par chauvinisme, mais surtout parce que cette présentation sur poster est très populaire et visitée. Ce projet de recherche de Maria Nengeh Mensah sur le travail du sexe en 14 questions est fait en collaboration avec l’organisme Stella de Montréal.
La criminalisation de la transmission du VIH a été abordée à plusieurs endroits en même temps. Une présentation faite par le canadien Richard Pearshouse à propos d’une certaine contagion législative en Afrique de l’ouest, mais pas uniquement, nous enseigne que sous prétexte de respecter les droits humains plusieurs de ces lois font exactement le contraire et même aggravent la situation des personnes séropositives. L’idée de protéger les droits des PVVIH est en soi honorable, mais elle s’accompagne très souvent de mesures pénales inadmissibles. Sans surprise, ces lois nous rappellent la douloureuse affaire de la québécoise « Diane » condamnée pour ne pas avoir dévoilé son statut. C’est sur la question de l’obligation de dévoilement que ces lois sont discriminantes et totalement contre-productives en matière de prévention. La chercheuse Michaela Clayton a bien démontré qu’en Afrique cette obligation de dévoilement place les femmes séropositives dans un dilemme impossible à résoudre, soit elles dévoilent et sont la plupart du temps battues violemment soit elles se taisent et risquent l’emprisonnement.
Que les gouvernements votent une loi spécifique au VIH ou non, les poursuites et condamnations sont légion sur tous les continents. Leur progression risque d’être « le » problème le plus épineux pour les personnes séropositives dans les années qui viennent. Pourtant, l’analyse des nombreux cas de condamnations dans le monde prouve que c’est la pire manière de faire de la prévention et qu’en aucun cas cette criminalisation du sexe séropositif diminue les cas d’infections. Plutôt que de voter des lois sur la transmission du VIH, les gouvernements devraient au contraire réformer leurs lois qui freinent la prévention et l’accès aux traitements. Que fait le gouvernement du Canada ? Contre toute logique de santé publique, il veut interdire les centres d’injection supervisée et met le pied sur l’accélérateur des épidémies. Que fait le gouvernement du Québec ? Il laisse les juges du Québec déterminer quelles doivent être les règles de santé publique au Québec en matière de VIH et ouvre officiellement la chasse aux personnes séropositives sur son territoire.
Pour ce qui est du reste à Mexico, je suis à bout de souffle et frustré. On marche tout le temps ici et on rate tous les jours la plupart des choses qu’on aimerait voir. J’emploie le « on » parce que c’est le sentiment de plusieurs frustrés comme moi. Dans l’ensemble, il faut avouer que la plupart de délégués (et j’en suis) semblent satisfaits de cette conférence, de son atmosphère, de son organisation aussi, malgré les pépins et je n’ai pas encore croisé quelqu’un qui n’adore pas la ville de Mexico et la gentillesse des gens qui nous accueillent en si grand nombre… 26000 délégués est le dernier chiffre qu’on m’a communiqué. La file d’attente pour le lunch du midi est toujours la même au salon des séropos, mais est-ce la fatigue ou une certaine nonchalance mexicaine qui nous gagne ? La panique n’est plus au rendez-vous.
Albert Martin