consultation prep

AP-HP : des « consultations infirmières » pour élargir l’accès à la PrEP

PARTAGER SUR :
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Source : Infirmiers point com

Le directeur général de l’AP-HP signe un protocole local de coopération permettant des « consultations infirmières » de suivi des personnes séronégatives à haut risque d’acquisition du VIH et sous traitement de Pré ExPosition (PrEP) au virus. L’objectif ? Elargir l’accès à la PrEP afin de répondre à la demande et réduire le nombre de nouvelles contaminations par le VIH. Une manière, aussi, de fidéliser les professionnels en valorisant leurs compétences et en leur offrant des perspectives.

A chaque étape de l’écriture de ce protocole, l’équipe a évalué tous les risques du processus et établi des barrières de sécurité.

La PrEP, qui consiste en l’utilisation préventive d’antirétroviraux par des personnes séronégatives très exposées au VIH, a démontré son efficacité pour réduire le risque de contamination par le VIH. Le directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch a signé, le 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le Sida, au sein du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Louis, un protocole local de coopération (rédigé par les équipes des services des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Avicenne et de l’hôpital Saint-Louis), qui permet désormais le suivi des personnes séronégatives à haut risque d’acquisition du VIH et sous traitement de Pré ExPosition (PrEP) au VIH par les infirmiers.

Pour élaborer un tel protocole, il faut s’assurer qu’il réponde à une question de santé publique, ce qui était le cas puisqu’on avait une file importante de patients ‘PrEPeur’ (c’est-à-dire ‘sous PrEP’, dans le jargon), confie Amélie Galidie, Cadre Supérieure de Santé et coordinatrice de l’élaboration du protocole de coopération. « L’idée était de mieux répondre à une demande d’accès à la PrEP, en constante augmentation, dans un contexte d’incidence toujours élevée des contaminations au VIH.

Qualité et sécurité des soins en fil rouge

La qualité et la sécurité des soins étaient vraiment notre fil rouge, souligne Amélie Galidie. Ainsi, à chaque étape, nous avons évalué tous les risques du processus et établi des barrières de sécurité, explique-t-elle, énumérant notamment la nécessité pour l’infirmier d’avoir exercé 2 ans minimum dans un service de prévention ou de maladies infectieuses, une formation théorique de 42h, ainsi qu’une formation pratique (à raison de 30 consultations : 10 en observation avec le médecin, 10 en binôme médecin/infirmier et 10 en supervision). L’équipe a par ailleurs élaboré plusieurs outils pour guider l’infirmier lors de sa consultation : grille de suivi des questions à poser avec les alertes à faire au médecin délégant, des outils pour aider l’infirmier à analyser des résultats de bilan biologique, ou encore une aide à la prescription de traitements en cas d’IST, ainsi que, pour le maintien des compétences, un nombre minimal de consultations annuelles effectuées par le délégué ainsi que des évaluations des pratiques professionnelles trimestrielles

Il s’agit d’un protocole d’envergure par l’importance du nombre d’actes dérogatoires d’une part, mais aussi parce qu’on l’a conçu afin qu’il puisse être utilisé dans toutes les structures autorisées à délivrer ou renouveler la PrEP – Amélie Galidie.

Protocole d’envergure avec un grand nombre d’actes dérogatoires

Concrètement, le protocole prévoit que la consultation initiale de délivrance de la PrEP, la consultation à un mois ainsi que les consultations de suivi annuel restent réalisées par le médecin délégant. Les infirmiers et les infirmières, après une formation spécifique théorique et pratique effectuent les consultations trimestrielles de suivi.

Il s’agit d’un protocole d’envergure, assure Amélie Galidie : par l’importance du nombre d’actes dérogatoires d’une part, mais aussi parce qu’on l’a conçu afin qu’il puisse être utilisé dans toutes les structures autorisées à délivrer ou renouveler la PrEP (établissements de santé, Centre Gratuit d’Information de Dépistage et de Diagnostic (CeGGID), ou encore équipes de soins primaires.

Parmi les actes dérogatoires, les infirmiers prescrivent de la PrEP au vu des examens biologiques et de l’interrogatoire du prépeur, précise Bénédicte Loze, Infirmière de recherche clinique au sein des consultations des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Louis qui a mené ce projet avec son homologue infirmière de l’hôpital Avicenne Delphine Leclerc. On va également pouvoir prescrire des antibiotiques contre les Infections Sexuellement Transmissibles, ce qui représente pour les infirmiers une véritable montée en compétences, se réjouit-elle. (En effet la primo prescription d’antibiotique est un acte rare). Par ailleurs, les infirmiers assureront la mise en avant de leur rôle de prévention pour le VIH mais aussi par exemple, pour l’hépatite C ou encore dans le dépistage d’éventuelles addictions (et l’orientation des patients vers d’autres professionnels de santé). Les infirmiers se chargeront également de la prescription de vaccins (hépatite A, B) dans le cadre de la mise à jour du calendrier vaccinal des patients, confie Bénédicte Loze, qui voit dans ces consultations infirmières une manière d’élargir le champ de compétences des infirmiers, non seulement à l’hôpital, mais partout où l’on prescrit de la PrEP.

Vers une autorisation nationale d’application ?

Ce protocole de coopération sera déployé dans au moins 11 structures de soins de l’AP-HP autorisées à délivrer ou à renouveler la PrEP, au 2e trimestre 2022, précise Bénédicte Loze, qui, déjà, se projette dans ses nouvelles missions. On a déjà fait ce qu’on appelle un guide de consultation, explique-t-elle, c’est-à-dire tout un déroulé de la consultation pour qu’elle soit menée à bien

Après sa mise en place locale, l’objectif visé est d’obtenir une autorisation nationale d’application pour permettre à tous les établissements de santé de France, aux CeGGID (Centre Gratuit d’Information, de Dépistage et de Diagnostic) et aux équipes de soins primaires de le mettre en place.

Je fais partie de celles qui ont connu le VIH au tout début (puisque j’ai été diplômée en 1989), et c’est formidable, aujourd’hui, de pouvoir améliorer la qualité de vie des patients sero négatif à haut risque de contamination- Bénédicte Loze, infirmière.

Attractivité et évolution de carrière pour les infirmiers

Les protocoles de coopération entre professionnels de santé ouvrent à des personnels paramédicaux certaines activités jusqu’alors exercées uniquement par des médecins. Ils offrent ainsi aux personnels paramédicaux des possibilités en termes d’attractivité et d’évolution de carrière ainsi que des compétences accrues et permettent aux médecins de se centrer là où leur plus-value est la plus grande : libérer du temps médical pour les prises en charge complexe.  

Je fais partie de celles qui ont connu le VIH au tout début (puisque j’ai été diplômée en 1989), confie Bénédicte Loze, et c’est formidable, aujourd’hui, de pouvoir améliorer la qualité de vie des patients sero négatifs à haut risque de contamination. L’infirmière se dit vraiment heureuse, après plus de 3 ans de travail (le Covid et un changement de la réglementation en vigueur en 2019 ont quelque peu retardé le projet), que la mise en place de ce protocole ambitieux aboutisse enfin. C’est une manière de valoriser notre travail et nos compétences. C’est très important pour moi.

Quelques chiffres

  • Entre 5 000 à 6 000 nouvelles infections par le VIH sont diagnostiquées chaque année en France, avec près de 50% des cas en Ile-de-France.
  • La prévention de l’infection VIH repose sur des moyens combinés : le préservatif, le dépistage, le traitement post- exposition (TPE), le traitement précoce des personnes infectées par le VIH et la Prophylaxie Pré-ExPosition (PrEP).
  • A ce jour, en France, seulement 26 000 personnes en bénéficient.

Susie BOURQUINJournaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

RépondreRépondre à tousTransférer
PARTAGER SUR :
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin