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VIH en prison

En France, très peu de données existent sur le VIH en prison. Pourtant, l’incarcération représente non seulement une rupture dans le parcours de vie, mais aussi dans le parcours de soins, notamment dans la prise en charge du VIH. Alors qu’il s’agit d’un enjeu sanitaire important, il existe peu de données récentes sur ce sujet et le VIH en prison est souvent passé sous silence.
Au moment où nous mettons ces textes en ligne, le CNS est encore en cours de travail pour mettre à jour les informations du Rapport Morlat.

Prevacar & PRI2DE : état des lieux du VIH en prison

Sorties en 2012, deux études font l’état des lieux de la situation en prison : Prevacar et PRI2DE. Celles-ci démontrent notamment que la réduction des risques infectieux est insuffisante et ne répond pas aux recommandations de l’OMS. En effet, la prévalence du VIH en milieu carcéral est estimée à 2 % et la prévalence du VHC à 4,8 % avec une part élevée de femmes, soit une prévalence deux à quatre fois supérieure à la population générale pour le VIH et cinq à huit fois pour le VHC.

Ces études montrent également que la santé des détenus séropositifs n’est pas bonne. Selon l’étude Prevacar, les trois quarts des détenus vivant avec le VIH sont à un stade d’immunodépression avancé et près d’une personne sur trois est au stade sida. Ce sont le plus souvent des anciens usagers de drogue, de moins de 50 ans et dont le diagnostic a été posé avant l’incarcération. De même, une personne sur quatre découvre sa séropositivité en détention. La stigmatisation n’épargne d’ailleurs pas la prison. Environ 10 % des détenus vivant avec le VIH refuseraient de prendre leur traitement par peur d’être discriminé, mais peut-être aussi à cause de la difficulté d’accès aux lieux de soins où sont dispensés les traitements dans l’enceinte de la prison.

Le VIH en prison : un risque infectieux plus élevé mais moins de prévention

Tous les rapports sont unanimes : en prison, les risques de contamination sont démultipliés. La cause ? L’existence de pratiques à risque (sexuelles, liées à la consommation de drogue ou encore aux activités de piercing, tatouage, coiffure) et l’accès limité aux méthodes de réduction des risques ; ceci malgré les recommandations et la circulaire DGS/DH/DAP de 1996 relative à la lutte contre l’infection par le VIH en milieu pénitentiaire. C’est d’ailleurs ce que démontre l’enquête Coquelicot réalisée en 2004 selon laquelle 12 % des usagers de drogues ayant été incarcérés avaient eu recours à l’injection en prison et parmi eux, 30 % avaient déjà partagé une seringue. Or, selon l’étude PRI2DE, l’accès à des méthodes de prévention comme la PrEP, l’eau de Javel (pour le matériel d’injection), le préservatif ou en encore les traitements de substitution aux opiacés reste difficile. En effet, seuls 36 % des établissements distribuaient de l’eau de Javel tous les quinze jours, comme le stipulent les recommandations et seulement 20 % des établissements disposaient de préservatifs externes.

Ces études démontrent ainsi un déficit majeur de prise en charge et de prévention des infections virales (hépatites, VIH) alors que cela constitue un réel enjeu de santé publique. La loi de 1994 impose une égalité d’accès aux soins et une égale politique de prévention, entre l’intérieur et l’extérieur de la prison, et pourtant, la réalité carcérale est tout autre.